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UN FILM DE YEON SANG-HO * par ANTONY PORTIER

Gros succès critique et financier lors de sa sortie, Dernier Train Pour Busan avait surpris tout le monde et avait mis en avant le zombie made in Corée. Pas étonnant de voir que depuis les projets similaires se multiplient (Alive sur Netflix il y a quelques semaines, la série Kingdom), la popularité du genre ayant explosé ces dernières années en grande partie grâce au film de Yeon Sang-ho. L’annonce de la suite de Dernier Train Pour Busan était donc une évidence, surtout quand on sait que le film d’animation à la base de la franchise (Seoul Station) était également réalisé par le même metteur en scène. Plusieurs années sont passées et la Corée du Sud est désormais infestée de zombies. Notre héros Junk-seok est engagé par de méchants et caricaturaux américains/chinois pour retrouver un butin très élevé en plein territoire hostile. Le pitch de base est donc tout ce qu’il y a de plus simple et direct, et le metteur en scène met en place son histoire sans trop perdre de temps. Notre fine équipe se retrouve rapidement en plein Seoul, coincée entre des zombies comme souvent affamés et des survivants Mad Maxiens qui ont depuis établi une démocratie quelque peu particulière (comprendre : ils sont pas gentils).

Adieu l’unité de lieu qui faisait le charme du premier, le gros du film se déroulant cette fois dans une ville entière. Une orientation plus classique qui tranche avec le parti pris du premier opus et qui annonce de suite la couleur : Sang-ho ne compte pas refaire le même film, et c’est tout à son honneur. Dans Peninsula les poursuites motorisées se multiplient, tout comme les gunfights et autres combats à morts entre survivants et zombies, le tout à intervalle régulier malgré un petit ventre mou en milieu de métrage. Ce qui pourra diviser est assurément l’utilisation de CGI lors des courses-poursuites, orientation plutôt compréhensible à la vue du projet (créer des kilomètres de décors dans un centre-ville post apocalyptique pour une scène d’action aurait coûté à coup sûr des millions que ne pouvait pas se permettre la production) mais qui se heurte aux limites du procédé, à savoir une physique parfois hasardeuse, lumière qui trahie l’origine numérique des images et des incrustations pas toujours parfaites. Ceci étant dit, le réalisateur réussit à rendre le tout très dynamique par le seul biais de sa mise en scène et fait presque oublier le rendu particulier des images. Sang-ho vient de l’animation, et ça se voit : son découpage, son sens du cadre avec moult plans impossibles à réaliser en live et le dynamisme de l’ensemble sont clairement hérités d’une autre école et rendent le tout finalement très agréable à l’œil. Le parti pris radical de ces scènes divisera, c’est un fait, et on pourra comprendre les reproches fait à ces passages, mais d’un point de vue technique Sang-ho a clairement de la bouteille et fait presque oublier quelques errances.

L’unité de lieu de Dernier Train pour Busan faisait que les personnages avaient une importance cruciale dans le récit. On passe également énormément de temps avec nos héros ici aussi, mais l’orientation plus classique rend le tout moins marquant, un peu comme si on avait l’impression qu’on ne passait pas assez de temps avec certains. Peninsula contient suffisamment d’archétypes pour qu’on identifie rapidement les différentes protagonistes, mais la plupart se résument finalement à des personnages fonctions qui fonctionnent mais suscitent finalement peu d’empathie. Et le réalisateur a beau rendre chaque mort importante en sortant les violons et en en faisant des caisses (la fin est assez corsée sur ce point) on ne ressent pas grand-chose lorsque nos héros passent l’arme à gauche.

Finalement le plus gros défaut de Peninsula est d’être la suite de Dernier Train pour Busan, car si cette suite n’atteint jamais le niveau de son aîné elle n’en reste pas moins recommandable. L’effet de surprise n’est plus, mais le sens de la mise en scène du réalisateur et l’efficacité de l’ensemble font que Peninsula mérite le coup d’œil, quand bien même on peut être déçu en la comparant à son grand frère.

Par Antony Portier

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