UN FILM DE JOHN Krasinski * par ANTONY PORTIER

Prototype même du film concept au succès fou au box-office, SANS UN BRUIT a beaucoup fait parler de lui depuis sa sortie de l’autre côté de l’Atlantique. Entre le box-office plus que satisfaisant (320 millions de recettes pour 17 de budget, c’est ce qu’on appelle un énorme carton) et les retours parfois dithyrambiques on peut affirmer sans trop de doutes que Platinum Dunes est très satisfait des résultats de ce sleeper hit en puissance. Avec beaucoup de retard le film de John Krasinski arrive en France précédé d’une excellente réputation.

 

Alors, beaucoup de bruit pour rien ? Non, car SANS UN BRUIT est un véritable rollercoaster horrifique à l’efficacité redoutable, série B sans prétention qui ne vous lâche pas pendant 85 minutes !

C’est finalement l’aspect humain qui emporte le plus l’adhésion, car SANS UN BRUIT est un film qui a aussi du cœur. Parfaitement interprétée par un casting impeccable, la petite famille parvient vite à susciter l’empathie même si on n’évite pas quelques maladresses de caractérisation. On pense beaucoup à Spielberg ou à Shyamalan devant SANS UN BRUIT, même si Krasinski n’a pas la maestria technique des réalisateurs de LA GUERRE DES MONDES et SIGNES. L’importance de la cellule familiale, la gestion de la menace (avec un final qui renvoie à SIGNES) et le cadre champêtre sont des éléments qui font régulièrement penser aux films des maîtres. On oserait donc imaginer ce que Steven ou M.Night auraient fait avec un tel film en matière de mise en scène. Ceci dit, John Krasinski emballe le tout avec un sens de l’efficacité indéniable et sans faute de goût, surtout que la deuxième partie n’est qu’un long climax enchaînant les moments de tension à en marquer le cuir des accoudoirs

Le problème récurrent des films-concepts est qu’ils n’arrivent bien souvent pas à exister au-delà de leur idée de départ. Le postulat de SANS UN BRUIT est très simple : la Terre é été attaquée par des aliens et les rares survivants doivent être le plus discret possible pour rester en vie, les créatures réagissant au moindre bruit. Il faut tout d’abord saluer le concept du film qui est (miracle !) tenu jusqu’au bout : oui, SANS UN BRUIT est un film à 95% muet, qui contient seulement deux courtes scènes de dialogues et qui comporte énormément de plages de silence. La partition de Marco Beltrami, jamais envahissante alors que l’idée même de la musique était casse-gueule, ne fait que renforcer le sentiment de menace qui pèse constamment sur les personnages pendant l’heure et demie qui suit. Dès son introduction John Krasinski va mettre en avant la menace par nature inarrêtable dans une scène d’une cruauté assez impressionnante. Malgré un PG-13 qui bride les effusions de sang à l’écran, Krasinski réussi à rendre les nombreuses scènes de tension très convaincantes et parfois même terrifiantes. On salue d’ailleurs le travail d’ILM sur les créatures, au rendu parfait et au design original, surtout quand on sait que le design des aliens fut complètement retravaillé en postproduction. Le fait que Krasinski tienne son propos jusqu’au bout fait du film une vrai bouffée d’air frais dans un genre assez codifié, surtout que l’introduction de l’univers est concise (pas d’explications sur l’arrivée des aliens, des indices disséminés ici et là sur l’état du monde). L’importance des gros plans et la précision du montage nous rappelle que le cinéma est avant tout affaire de mise en scène, mais Krasinski n’essaye justement jamais (ou très peu) d’élever le film au-delà de son concept via sa réalisation.

C’est donc très satisfait qu’on ressort de SANS UN BRUIT, avec l’impression d’avoir profité d’une série B d’horreur sans prétention qui file droit (1h25, pas de gras), sorte de film issu de l’univers CLOVERFIELD mais sans les énormes défauts de la saga de J.J Abrams et émotionnellement très convaincant. Une suite est déjà prévue, succès oblige : espérons qu’elle ne gâchera pas l’univers mis en place par ce premier essai concluant qui fait souffler un petit vent de fraîcheur sur un genre pas toujours bien servi.

Antony Portier