UN FILM DE STEVEN KNIGHT * par antony portier

Steven Knight, créateur et scénariste derrière PEAKY BLINDERS et TABOO, revient avec SERENITY, thriller mystérieux qui n’a évidemment rien à voir avec le film de Joss Whedon. Accompagné comme souvent d’un joli casting (Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Djimon Hounsou et Jason Clarke) Steven Knight prend ici un gros risque : celui de réaliser ce qu’on pourrait appeler un film “de petit malin”. L’exercice est très souvent à double tranchant : soit le spectateur est surpris et marche à fond, soit il se rend compte du subterfuge très vite et le film finit par devenir vain et limite énervant.

 

Pas de chance, le réalisateur fonce droit dans le mur avec son nouveau film.

Baker Dill est capitaine d’un navire de pêche et tente tant bien que mal de joindre les deux bouts avec son collègue Duke tout en traquant un énorme poisson qui l’obsède depuis un moment. Alors qu’il sirote un verre de rhum dans son bar préféré, il fait la rencontre de son ex-femme Karen. Au bord du gouffre à cause d’un nouveau mari très violent, elle le supplie de les aider elle et son fils en planifiant le meurtre du conjoint lors de leur prochaine partie de pêche en mer. Dill, d’abord récalcitrant, commence peu à peu à changer d’avis en voyant le comportement de l’homme et en comprenant que la vie de son fils est peut-être aussi en danger. Difficile de parler de SERENITY sans spoiler le twist majeur qui vous attend. En effet, toute l’histoire converge vers ce retournement de situation qui est censé amener une nouvelle grille de lecture à un pitch a priori très banal. Le gros problème ici est que Steven Knight se prend très vite les pieds dans le tapis en “dissimulant” (et c’est un bien grand mot étant donné la balourdise avec laquelle le metteur en scène le fait) des indices ici et là sur le pourquoi du comment. Très vite on se rend compte que tout ne tourne pas rond et les mystères s’accumulent. Ce qui pourrait être une pointe d’onirisme se révélera vite être en fait un ensemble de maladresses tant le script pataud et la mise en scène qui en fait parfois des tonnes pour pas grand-chose (voir ces mouvements de caméra brusques pour suggérer un environnement en 3D) ne font que pointer l’évidence. Passer la première demi-heure on espère que le twist ne sera pas aussi évident. Sauf qu’il faudra attendre l’arrivée de la dernière bobine, soit quarante minutes de mystères inutiles en plus, pour apprendre la vérité. Et si le spectateur est un minimum observateur ce fameux twist n’en sera finalement pas un.

Cette fameuse deuxième grille de lecture, ce côté meta donné à l’histoire, pourrait fonctionner même si le twist est éventé. Après tout c’est un procédé qui a déjà été vu une centaine de fois au cinéma à travers plusieurs variantes. Malheureusement, trop occupé à vouloir raconter une histoire “jamais vue” et un twist qui est censé prendre tout le monde de court, Steven Knight en oublie complètement la notion même de logique, et n’essaye même pas de hisser son film vers le haut par d’autres moyens. Le retournement de situation enfin dévoilé, le film se transformera en une succession d’incohérences plus grosses les unes que les autres, nombre d’événements qui ont précédé n’ayant soudain plus aucun sens. On se consolera comme on peut avec un McConaughey comme souvent impeccable (Anne Hathaway est par contre très mauvaise) et l’ambiance exotique rafraichissante de l’île Maurice, mais difficile de trouver un quelconque intérêt à un tel ratage.

 

SERENITY ne fait que confirmer une chose : aussi excellent scénariste par intermittence qu’il puisse être (ALLIÉ de Robert Zemeckis) Steven Knight est vraiment un très mauvais metteur en scène.

 

Antony Portier