UN FILM DE Baran bo Odar * par ANTONY PORTIER

Sorti en 2011, NUIT BLANCHE de Frédéric Jardin avait fait très forte impression de l’autre côté de l’Atlantique, à tel point qu’un remake fut annoncé immédiatement après son passage au festival de Toronto. Si l’excitation était à son maximum chez les Américains, on ne peut pas dire la même chose chez nous. NUIT BLANCHE avait en effet rejoint la longue liste des flops au rayon films d’action/polars français (42 000 entrées en première semaine, ouch), la faute en partie à une mauvaise distribution. Si le film de Frédéric Jardin était loin d’être une bombe il avait le mérite de tenir son parti pris du début à la fin (une unité de lieu, un enjeu fort) tout en maintenant un rythme de croisière soutenu, avec pour résultat final une bonne petite série B nerveuse allant droit au but. Hélas les spectateurs ont semble-t-il préféré aller voir le dernier TWILIGHT au moment de sa sortie. Il ressortait toutefois de l’exercice un certain goût de trop peu, principalement à cause de la réalisation de Frédéric Jardin qui n’arrivait jamais à tirer son script vers le haut et filmait le tout platement en gros plans moches malgré la photographie atypique de Tom Stern (directeur de la photographie chez Clint Eastwood). L’annonce d’un remake était donc l’occasion de corriger certaines erreurs et de livrer l’excellent film d’action que se devait d’être NUIT BLANCHE. Malheureusement Hollywood semble en avoir décidé autrement.

Adieu la France et bonjour Las Vegas. Changement de décor drastique pour cette adaptation avec une transposition du récit dans la cité du vice. Une décision plutôt maligne qui fait sens au vu de l’intrigue et qui permet au réalisateur Baran bo Odar d’instaurer une véritable ambiance crépusculaire dès le début du film via de nombreux plans aériens. On se plait donc à rêver du vrai film d’action nerveux et sec qu’on était en droit d’attendre. Sauf que la mise en place du récit va vite nous faire peur quant à la capacité des scénaristes à introduire les nombreux éléments qui vont se rencontrer dans l’unique décor pendant l’heure qui suit, la faute à un trop pleins d’informations qui ne font que rallonger le début et dont on se serait parfois bien passé. Alors que les scénaristes de NUIT BLANCHE ne s’embarrassaient d’aucun background sur ses personnages et les présentaient très rapidement, ceux de SLEEPLESS n’ont rien trouvé de mieux que de rallonger toute cette partie avec une suite de scénettes grossières qui ne font que surligner des choses que le spectateur aurait pu deviner par la suite. Cette première différence avec l’original n’est que la première fausse note d’une longue série qui n’en finira jamais. Pourquoi garder l’identité du flic pourri secrète tout du long et la révéler vers la fin telle une grande révélation (surtout si le personnage en question est joué par David Harbour, tu parles d’un twist) alors que dans l’original cette information était donnée dès le début et fonctionnait très bien telle quelle ? Pourquoi changer de décor (un casino cette fois, pourquoi pas) et l’agrandir si c’est pour le rendre si anecdotique et ne jamais utiliser la topographie (la gestion de l’espace est inexistante) ? Pourquoi nous montrer dès le départ que le personnage principal est en fait sous couverture si c’est pour nous nous faire la révélation plus tard en pleine action (par deux fois en plus) ? L’initiative de s’éloigner de l’original est évidemment à saluer, mais à l’arrivée ce qui frappe c’est que ces changements ne font que tirer ce remake vers le bas.

En résulte un film plat qui ne semble jamais décoller. Le combat dans la cuisine de l’original est ici expédié en une pauvre minute, alors que dans l’original il intervenait bien plus tard et était traité comme un véritable climax qui faisait rencontrer deux personnages importants pendant quatre minutes de destruction intense (les deux combattants finissant à bout de force). Il en va de même pour à peu près toutes les scènes impliquant les bad guys. Si les dialogues exagérément putassiers de l’original pouvaient tout à fait exaspérer, ce côté too much avait au moins pour lui de rendre ces échanges parfois hilarants via quelques punchlines bien senties (« j’ai une tête à faire des crêpes moi ? »). Ici tout est vraiment très plat et la décision de faire du big boss du club un vulgaire pion qui n’est pas la vraie menace ne joue pas en sa faveur, surtout que Scott McNairy (qui remplace Joey Starr)  doit composer avec un personnage plutôt bien introduit mais qui tombe à la fin dans le ridicule le plus total pour cause de script débile. NUIT BLANCHE était un film sur un père et son fils, SLEEPLESS tente de traiter de toute la famille, allant jusqu’à ramener la mère lors du climax et d’un épilogue attendu. Le problème c’est que le personnage joué par Gabrielle Union n’est que purement fonctionnel et son arrivé à la fin du récit fait vraiment pièce rapportée. Frédéric Jardin et ses scénaristes l’avaient bien compris en 2011 en la laissant au second plan. L’aspect très direct du film original est donc ici complètement dilué dans des développements inutiles et qui ne sont jamais convaincants.

Le plus gros défaut de NUIT BLANCHE était tout simplement sa réalisation pas à la hauteur du projet. Succession de gros plans souvent laids, la mise en scène de Frédéric Jardin n’arrivait jamais à élever un script solide qui ne perdait pourtant jamais de vue son enjeux : sauver le fils. Dans le film de Baran bo Odar le récit s’éparpille tellement qu’on en vient presque à oublier la présence du rejeton de Vincent. Alors oui la mise en image est sensiblement meilleure que celle du film original (encore que la scène d’ouverture au découpage aléatoire ne rassure pas des masses), mais elle ne rattrape pas un script inutilement compliqué et complètement raté sur bien des points. Tout l’aspect claustrophobique et ludique de l’environnement est ainsi totalement absent ici, le casino se résumant à une grande pièce en arrière plan avec laquelle les personnages n’interagissent jamais (à part dans une très courte scène jouissive à la fin) et une boite de nuit pas franchement inoubliable d’un point de vue visuel. Et si les quelques courts mano a manos ont beau être sympathiques, ils apparaissent vite anecdotiques, la faute à un manque d’idées évident et à une exécution sans saveur.

C’est donc énervé qu’on ressort de la salle avec l’impression d’être passé à côté d’un potentiel petit classique. Malheureusement, si en 2011 ce sentiment pouvait être contrebalancé par des partis pris et par la nature modeste de NUIT BLANCHE, le visionnage de SLEEPLESS laisse un très mauvais arrière goût. Non seulement le film rate (une nouvelle fois) le coche, mais il se plante même à tous les niveaux en faisant abstraction du long métrage français. C’est ce qu’on appelle un mauvais film d’action ET un très mauvais remake.

 

Chapeau les Ricains.

 

Par Antony Portier