UN FILM DE SHANE BLACK * par ANTONY PORTIER

Voilà plus de trente ans que PREDATOR de McTiernan est sorti dans les salles, et depuis 1987 la saga a connu des hauts et des bas, avec malheureusement beaucoup de bas. Pour une suite intelligente et très réussie (PREDATOR 2 donc, merci Stephen Hopkins) il faut compter deux ALIEN V PREDATOR (REQUIEM, un des films les plus mal éclairés jamais vus, du genre « qui a éteint la lumière ?! ») et un PREDATORS qui a tenté de revenir aux bases de la franchise sans succès. Mais les voies de Hollywood sont impénétrables, et c’est avec l’envie de relancer encore une fois la franchise que la Century Fox lance un nouveau projet avec Shane Black à la barre. Oui, Shane Black, le même gars qui jouait Hawkins dans le premier et qui était le scénariste le plus prisé des 90’s. L’arrivée de Black sur ce nouveau film est tout aussi rassurante qu’inquiétante. En effet : si Shane Black est le scénariste de L’ARME FATALE et autres LE DERNIER SAMARITAIN, il est aussi le réalisateur d’IRON MAN 3, film particulièrement controversé et reçu tièdement par la fan base du super-héros en armure. Qu’à cela ne tienne, son NICE GUYS  était fortement sympathique (et son KISS KISS BANG BANG génial) même si on avait tendance à questionner ses capacités de réalisateur/scénariste: Black n’est-il finalement bon qu’à faire des buddy movies ? Avec THE PREDATOR le metteur en scène revient à un cinéma plus axé sur la pyrotechnie tout en y injectant ce qui fait l’essence de son style : de l’humour, des dialogues qui font mouches et une galerie de personnages hauts en couleurs. Le mélange des genres fonctionne-t-il ? La saga PREDATOR en prend-elle encore pour son grade ?

 

Ça fait mal au cœur de le dire, mais à cette dernière question on est bien obligé de répondre oui, et pas qu’un peu.

Les réécritures tardives, la date de sortie repoussée maintes fois et les reshoots de dernière minute (pas très pratique de retourner tout le dernier acte quelques mois avant la sortie) ne rassuraient pas quant à la qualité du projet, et le résultat final est un beau bordel qui ne fait parfois aucun sens et prouve encore une fois qu’un projet malade donne rarement de bons résultats (cf JUSTICE LEAGUE). C’est tout un pan entier de l’histoire qui aurait été changé (des photos de tournage montraient à la base des gentils Predators s’allier avec le cast contre le super Predator), obligeant Black à réécrire des personnages entiers en cours de route et filmer un nouveau climax final en pleine nuit (car « plus effrayant »). Les problèmes commencent dès le début, avec un vaisseau Predator qui se crash en plein jour pour finalement se crasher… en pleine nuit noire la séquence d’après !? Les ellipses grotesques de ce genre sont nombreuses, quand ce ne sont pas des rajouts de dernière minute grossiers (un affreux plan en CGI non finalisé pour placer une référence au fameux « get to the chopper »). Certains personnages font d’un seul coup de la figuration (le marine joué par Alfie Allen disparaît presque), d’autres meurent de façon tellement rapide et bizarre qu’on vous déconseille de cligner des yeux (pauvre Sterling K. Brown, pourtant excellent).

Pire encore, la figure même du Predator en prend un sacré coup. Si la première demi-heure fait presque illusion (une intro très efficace qui contient une idée visuelle intéressante, une scène d’action très violente dans un laboratoire qui fait honneur à la bête) l’arrivée du « super Predator » marque le début de la fin pour le film. Non seulement le rôle du nouveau Predator apparaît au final superficiel, mais son rendu fait tache comparé aux fabuleux costume de l’alien de la première partie. Il n’a aucun poids (le rendu inégal des CGI n’aide pas), aucun impact, et au final aucune présence.

La raison est toute simple : PREDATOR de McTiernan était à la base un film très simple qui n’avait pas spécialement besoin d’une suite. C’était un film qui se suffisait à lui-même, et dont on pouvait faire le tour de l’univers assez rapidement (même si des dizaines et des dizaines de comics l’ont étendu depuis des années). On rejoint le cas ALIEN, autre franchise qui se fait massacrer depuis des années. Qui s’intéresse aux motivations du Predator par exemple, surtout quand l’explication est au final assez bidon (le désormais célèbre et classique « l’être humain détruit la planète petit à petit ») et remet en question toute la saga sous un angle écologique facile (mais c’est d’actualité qu’on nous dit) qui ne fait pas sens avec les films précédents ? Au final tous ces ajouts s’apparentent à un patchwork d’idées qui s’imbriquent mal, surtout que Black entend bien faire un film différent cette fois. C’est tout à son honneur. En s’éloignant des précédents opus et en y insufflant une dose d’humour Black essaye tant bien que mal de s’approprier la saga tout comme il l’avait fait avec son IRON MAN 3 (la dernière scène, rajout de dernière minute, y fait forcément beaucoup penser). Problème : l’humour ne fonctionne qu’à moitié et la plupart des blagues tombent à plat, un comble pour le réalisateur qui sait d’habitude provoquer l’hilarité sans tomber dans la facilité. Thomas Jane est atteint du syndrome de la Tourette ? Ça permet de placer deux blagues (littéralement) à base de « enculé» et « chatte» et puis c’est tout. Tout au plus décèle-t-on quelques scènes dont l’esprit de camaraderie et les répliques font mouche (la séquence au motel), mais ça reste peu.

Il y a énormément de choses à dire sur THE PREDATOR, mais malheureusement pas grand-chose de bon. Ce qui ressort de ce nouveau film est à peu près la même conclusion qu’on peut appliquer à la nouvelle franchise ALIEN : STOP. Entre la mise en scène sans saveur (Black n’est pas très à l’aise quand il s’agit de tourner des scènes d’action, c’est assez flagrant sur certains passages affreusement statiques), les réécritures qui se sentent et le scénario insipide on a du mal à bien voir ce qu’on pourrait sauver de ce naufrage. Le fameux thème d’Alan Silvestri est là, ouf, mais sinon on peut pas dire que tout ça ait une gueule de porte bonheur.

 

Antony Portier