UN FILM DE MICHAEL BAY * par ANTONY PORTIER

Pourquoi ? C’est la question qu'on se répète inlassablement depuis le visionnage de TRANSFORMERS : THE LAST KNIGHT. Pour la seconde fois consécutive Michael Bay revient sur son « c’est mon dernier » et repart pour une nouvelle aventure avec les autobots. Si le réalisateur a pu entre chaque opus s’attarder sur des projets qui lui tenaient à cœur (son formidable NO PAIN NO GAIN, l’excellent 13 HOURS) le voir revenir constamment sur la franchise made in Habsro a quelque chose de triste tant elle peine à se renouveler et que l’équipe derrière les films s’entête à répéter les mêmes erreurs depuis dix ans. Heureusement la série des TRANSFORMERS a jusqu’à présent su compenser ses nombreuses tares par des qualités techniques incroyables et la personnalité si particulière de son metteur en scène, pour le meilleur comme pour le pire. Car malgré la haine de la critique, la saga a toujours su contenir son lot de moments forts dont seul le réalisateur de THE ROCK a le secret. Malheureusement presque tout cela semble être parti en fumée dans TRANSFORMERS : THE LAST KNIGHT.

Le problème est ici très simple : TRANSFORMERS : THE LAST KNIGHT contient tous les défauts des précédents mais amplifiés et les éclats de génie de Bay se font beaucoup plus rares. Les personnages qui ne servent à rien et qui disparaissent/réapparaissent pour une raison inconnue et les arcs narratifs conclus n’importe comment sont ici monnaie courante et ne font que mettre un peu plus en avant l’incompétence de Bay et de ses scénaristes à raconter une histoire correctement. Quel est l’intérêt de ramener le personnage de Josh Duhamel dans l’équation si c’est pour ne jamais traiter de son dilemme et en faire une coquille vide ? Quelle est l’utilité de la petite nouvelle incarnée par Isabela Moner, si ce n’est ralentir tout le début avant d’être mise de côté pendant une heure et revenir lors du climax pour ne rien faire si ce n’est acte de présence ? Pourquoi faire un flashback sur la période nazie si c’est pour répéter ce qui vient d’être dit et emballer le tout en quarante secondes montre en main ? THE LAST KNIGHT prend ainsi la forme d’une succession de mauvais choix, un condensé de tout ce qui ne va pas d’habitude dans la saga TRANSFORMERS, surtout que le traitement des personnages robotiques est ici complètement à la ramasse. Alors que dans les précédents opus Bay et ses scénaristes jonglaient plus ou moins bien entre chaque autobot/decepticon ici ils semblent perdus entre les trop nombreux protagonistes/antagonistes. Pourquoi introduire l’équipe de Megatron via un montage rigolo (typographie PAIN & GAIN à l’appuie)  si c’est pour ne jamais les mettre en valeur par la suite et les éliminer en un plan deux scènes après ? Cette façon de tuer dans l’œuf chaque bonne idée se répètera tout du long avec des affrontement constamment avortés. Un combat entre robots vient de débuter ? Arrêtons tout et faisons à la place une interminable scène de chasse avec des drones. Pourquoi ramener encore une fois les dinobots si c’est pour leur accorder quatre pauvres plans (ceux qui ont pleuré devant AGE OF EXTINCTION vont se couper les veines ici) ? Même remarque pour le dragon, ici complètement sous exploité et qui n’a le droit à aucun moment fort. Un comble, alors que Bay avait su mettre en scène de formidables combats dans les précèdent, tel cet affrontement en forêt sidérant de brutalité dans le mal-aimé TRANSFORMERS 2 : LA REVANCHE ou ce face-à-face à dos de ptérodactyle dans AGE OF EXTINCTION.

L’arrivé d’Anthony Hopkins (hilarant de cabotinage) et d’un nouveau sidekick dans l’intrigue va dynamiter le récit et faire basculer l’histoire dans un registre comique et hystérique bien plus proche d’un TRANSFORMERS 2 ou d’un BAD BOYS 2 (une idée absurde par minute). Pendant une demi-heure Bay se focalise ainsi sur un nombre réduit de personnage, ce qui améliore le rythme et aide grandement quant à la compréhension d’une intrigue qui comme d’habitude ne sait pas aller à l’essentiel. Malheureusement cette parenthèse ne représente qu’une petite partie de THE LAST KNIGHT (surtout qu’elle met de côté de nombreux personnages principaux dont les autobots) et même si elle se conclue par une course-poursuite destructrice à Londres elle sera vite suivie par un retour à tout ce qui ne va pas dans le film, surtout que Bay semble ici moins en forme que par le passé. Si le réalisateur est toujours capable de mettre en boite quelques moments formidables qui ridiculisent la concurrence (un incroyable combat sur une plateforme qui s’élève dans les airs, une splendide séquence aérienne à la fin) il ne fait ici que répéter ce qu’il a fait par le passé sans grande plus value voire souvent en moins bien tel ce climax final bien plus court et moins impressionnant que ceux des quatre premiers films. Le budget très similaire aux anciens doit y être pour quelque chose (surtout que le tournage en Imax 3D coûte très cher), mais il est décevant de voir tant de potentiel gâché par un je-m’en-foutisme parfois aberrant (l’affrontement final entre autobots/decepticons expédié en quelques plans est une mauvaise blague). Et ce n’est pas l’efficace mais au final presque banale introduction au Moyen-Age qui va changer la donne. Car après un AGE OF EXTINCTION d’une trop grande générosité (c’était le TRANSFORMERS avec le plus d’action, mais c’était également le plus long avec ses épuisantes 2h45 de métrage au compteur) Bay semble ici presque radin sur THE LAST KNIGHT. De la part du réalisateur le plus explosif d’Hollywood c’est à n’y rien comprendre.

Plus vraiment intéressé par les robots qu’il met constamment au second voir troisième plan (Drift et Crosshairs sont des fantômes qui ne font rien de tout le film), Bay lance un « C’est mon dernier » en pleine promo. Espérons que ce soit le cas, car ni lui ni les scénaristes ne semblent plus en avoir quelque chose à faire malgré les nombreuses réunions de brainstorming qui ont eux lieu pour réfléchir au futur de la saga. L’avenir nous dira si Bay refera machine arrière mais une chose est sûr : il faut que ça s’arrête Michael, va nous refaire un film de la trempe de NO PAIN NO GAIN ou le fameux BAD BOYS 3 qui t’attend depuis des années et range tes robots avec lesquels tu as l’air de t’ennuyer.

 

Par A.Portier