UN FILM DE Isaac Florentine * par ANTONY PORTIER

Alors que JCVD a plus ou moins pris sa retraite au cinéma et que Tony Jaa est vite retombé dans les abysses de l’anonymat (malgré deux/trois apparitions loin d’être mémorables dans des blockbusters américains), on se demande bien qui pourrait prendre la relève de ces superstars aux coups de pieds (ou de genoux) mythiques. Enfin non, ne cherchons pas plus longtemps : Scott Adkins. L’acteur fait tranquillement son petit bonhomme de chemin via le marché du DTV tout en apparaissant régulièrement au cinéma (EXPENDABLES 2, DOCTOR STRANGE, GRIMSBY : AGENT TROP SPECIAL). Ce genre qui connut ses heures de gloire dans les années 80/90 - et dont Adkins est un des plus grands représentants aujourd’hui -  à savoir le film de baston, ne semble plus vraiment susciter l'intérêt du grand public. Ah le bon vieux temps de la série B qui tabassait le samedi soir au cinéma avec papa, ou à la maison entre potes, avec la bonne vieille VHS et les bières  qui vont avec (sans oublier les pizzas)... Un genre qui semble désormais appartenir au passé comme en témoigne sa quasi absence dans les salles obscures depuis un bon moment. Pourtant Adkins persiste et depuis une dizaine d’année le bonhomme enchaîne les projets dans son coin (huit films en 2016, rien que ça). Le film qui l’a propulsé sur le devant de la scène et qui a ravivé la flamme qui semblait disparue, c’est UN SEUL DEVIENDRA INVINCIBLE 2, sorti en 2006.

Ne tournons pas autour du pot très longtemps : le film de Isaac Florentine n’a que peu de rapport avec le premier opus. Michael Jay White reprend le rôle de George « Iceman » Chambers (incarné par Wesley Snipes en 2002) et ça s’arrête là. En effet, UN SEUL DEVIENDRA INVINCIBLE 2 est la suite du premier mais peut tout à fait être regardé sans avoir vu le film de Walter Hill. Cette indépendance scénaristique permet au film de repartir sur de nouvelles bases tout en gardant ce qui fait le sel de la saga, à savoir le milieu carcéral. Un environnement propice à tous les débordements et à une overdose de testostérone comme on les aime. Car le but de Florentine et son équipe est tout simplement de ressusciter le film de tournoi qui autrefois était très populaire et qui faisait déplacer bon nombre d’entre nous au vidéoclub du coin. En effet, le genre a cet avantage d'alimenter le spectateur en scènes de stomb' cathartiques, ce qui décuple son implication (du genre à le faire se lever de son siège en criant « vas-yyyyyyyy bute le ! »). C’est dans ses moments-là que ces films puisent leur force, et Isaac Florentine compte bien faire revivre cette nostalgie quelque peu perdue. Son outil ? Une parfaite connaissance de son sujet qu’il traite avec une générosité absolue.

Chaque combat sera donc l’occasion pour Florentine et son chorégraphe J.J. « Loco » Perry de faire un véritable boulot d’artisan appliqué biberonné aux cassages de dents. Découpage parfait, filmage large qui privilégie la mise en valeur de la chorégraphie au chaos, impacts qui font mal et ralentis utilisés au bon moment… L'efficacité de la mise en scène, classique mais efficace hors du ring, se trouve décuplée lorsque les coups pleuvent. Bien sûr tout cela ne serait pas possible sans de vrais combattants, mais Adkins et White étant ce qu’ils sont (c’est à dire des machines de guerre) à aucun moment la crédibilité de l’histoire ou des combats n’est mise à défaut, et c’est bouche bée qu’on assiste à des enchaînements d’une autre planète. Bien entendu tout cela n’aurait aucun intérêt si l’histoire qui sert de prétexte à ces incroyables mano a manos n’était pas solide. Bonne nouvelle : si UN SEUL DEVIENDRA INVINCIBLE 2 suit le petit Rocky illustré à la lettre (tous les passages obligés sont là) il le fait bien. L’histoire est ainsi basique mais est racontée avec un sens de l’économie et de l’efficacité qui fait plaisir. Chaque scène est presque une excuse pour mettre en scène un Michael Jay White plus charismatique que jamais qui envoie chier la moitié du casting et distribue des patates à la moindre remarque désobligeante. Et si White est impeccable en badass motherfucker il se fait presque voler le show par un Scott Adkins encore méconnu à l’époque. La suite on la connaît tous : le rôle de Yuri Boyka sera un vrai tremplin pour Adkins. Et pour cause : l’acteur, en combattant russe aux capacités martiales venues d’ailleurs, trouve ici son meilleur rôle et compose un bad guy d’exception. Pour autant Florentine et ses scénaristes ne font pas de Boyka un méchant caricatural et lui confèrent suffisamment de profondeur pour en faire un personnage mémorable et loin d’être unilatéral. Car avant d’être un salaud de première qui prend plaisir à casser des tronches et ridiculiser ses adversaires, Boyka est avant tout un combattant qui respecte son art et qui veut battre Chambers à la loyale. En l’espace de quelques scènes, Florentine et ses scénaristes approfondissent le fameux combattant et en font plus qu’un simple boss de fin à mettre K.O.

C’est ainsi que cette suite DTV surpasse sans grand mal son prédécesseur : en partant dans une direction opposée tout en surfant sur un genre qu’on croyait disparu, Florentine propulse la saga vers des cimes inespérées, surtout au vu des moyens modestes mis à sa disposition. Malgré son statut de production Nu Image avec son tournage à moindre coût en Bulgarie, le film ne fait jamais cheap et affiche une belle gueule.

 

Une série B parfaite pour une soirée entre hommes virils en somme quoi.

 

Par A.Portier