UN FILM DE Leigh Whannell * par ANTONY PORTIER

En ces temps de blockbusters à 200 millions il fait toujours bon voir de petites séries B que n’aurait pas renié le vidéo-club du coin. UPGRADE fait partie de cette catégorie de films qui ont coûté autant voir moins que la dernière comédie franchouillarde qui squatte les salles obscures. Sauf que Leigh Whannell (habituellement scénariste de la plupart des films de James Wan) n’est pas là pour discuter famille assis à la terrasse d’un café ou dans une cuisine parisienne. On nage en effet dans une pure série B de science-fiction/anticipation bien violente qui rappelle le temps des Paul Verhoeven, David Cronenberg et consorts, le temps où le R-rated n’était pas un frein pour la machine hollywoodienne. D’abord sorti de l’autre côté de l’Atlantique UPGRADE a finalement une date dans nos verte contrées : le 3 octobre la nouvelle production Blumhouse va sortir chez nous, et il serait dommage de passer à côté. Après un premier trailer destructeur, le film de Whannell est-il à la hauteur de l’attente ?

 

Oui, même si UPGRADE n’est pas complètement le film vendu par sa campagne promo.

Tel un Punisher cybernétique, Grey (Logan Marshall-Green, qui a prouvé avec QUARRY et THE INVITATION qu’il était un acteur à suivre) va remonter la piste et tuer ses agresseurs souvent dans d’atroces souffrances. Les scènes d’action d’UPGRADE sont très souvent courtes, mais elles sont constamment ponctuées de finish moves bien gorasses et sont suffisamment nombreuses pour que l’ennui ne pointe jamais le bout de son nez, surtout que la durée réduite (1h30) fait que le film file droit. Réalisateur du pas bon INSIDIOUS 3, Leigh Whannell trouve ici un second souffle et fait preuve d’idées de mise-en scène qui font sens tout en ne tombant jamais dans l’esbroufe. Tout le projet de mise en scène de Whannell semble en effet reposer sur l’omniscience de sa caméra ; quoi de plus normal pour un film qui traite d’un humain contrôlé par une autre entité. Une longue plongée qui se transforme en mouvement circulaire ascendant (pour montrer le funeste destin du héros, comme si son âme commençait déjà à le quitter) va entamer cette orientation, avant de laisser la part belle à des mouvements de caméra parfaitement synchronisés avec les actions du personnage pendant les combats, renforçant ainsi cette idée de distance (et paradoxalement de proximité). On pardonnera donc à Whannell des maladresses ici et là, comme cette poursuite en voiture parfaitement mise en scène mais un peu molle et longue pour pas grand chose. Fidèle à lui-même, Whannell a prévu son petit twist final plus ou moins prévisible mais qui clôt le film sur une note de noirceur assez inattendue et rafraîchissante.

Dans un futur proche dominé par la technologie et les implants électroniques, Grey Trace est un des rares à tourner le dos au tout numérique et à ces technologies qu’il juge futiles. Quand sa femme et lui sont victimes d’une agression qui tourne mal, la première est tuée et lui laissé pour mort. Paralysé à vie et désormais seul, Grey se voit approché par un inventeur qui lui propose de se faire injecter une puce afin de décupler ses capacités physique et retrouver possession de son corps. Le fameux implant en question s’avère être également une intelligence artificielle qui va aider Grey à retrouver les responsables de la mort de sa femme et à les éliminer un par un. Un pitch simple et une quête de vengeance classique mais, au-delà, ce sont tous les petits à-côtés qui font le charme de UPGRADE, à commencer par une direction artistique aux petits oignons. Que cela soit le soin apporté à la photographie, la mise en scène ou les décors en général, Leigh Whannell et son équipe ont fait en sorte de rentabiliser chaque centime d’un budget riquiqui (on parle d’environ cinq millions de dollars, autant dire presque rien). En peu de temps Whannell introduit son univers avec une multitude de détails et surtout prend soin de le faire tout au long du film. On ira pas jusqu’à dire que UPGRADE est une incroyable critique de notre temps, mais certaines idées font assez froid dans le dos (dont une qui rappelle le READY PLAYER ONE de Spielberg) et ont une résonnance qui fait mouche. Ce background futuriste constitué de personnes qui s’améliorent par le biais d’implant fera la joie des fans de cyberpunk, surtout que Whannell ne lésine pas sur l’aspect organique et viscéral du projet. Car pour ceux qui n’auraient pas vu la bande-annonce : UPPGRADE est ponctué d’éclats de violence (malheureusement presque tous dans la BA) qui font mal, et garantis qui plus est 100% prothèses.

Si UPGRADE n’est pas le film bourrin vendu par son incroyable trailer, il n’en reste pas moins une petite série B tout à fait recommandable qui mérite qu’on se déplace en salles (surtout que la distribution du film sera à coup sûr loin des pointures du genre). Jamais trop ambitieux, mais très honnête et ne versant pas dans l’hommage appuyé facile, UPGRADE est quelque part un petit rayon de soleil dans le paysage cinématographique actuel.

 

Antony Potier