Suite à un braquage qui a mal tourné et une voiture désormais pleine d’argent, le conducteur en fuite doit redoubler d'habileté s'il veut s'en sortir. La simplicité d’un tel concept est à double tranchant, en témoignent les nombreux films qui se sont planté en ayant tenté de se faire une place auprès de gros succès comme PHONE GAME. Heureusement, Jeremy Rush (produit ici par son ami Joe Carnahan), sans atteindre  l’excellence, parvient à faire de WHEELMAN une petite série b suffisamment accrocheuse pour passer un bon moment.

Des mafieux, du « motherfucker » à chaque dialogue, quelques éclats de violence qui font plaisir, du bolide qui en a sous le capot… tous ces éléments ne seraient rien sans un script solide. Qu’on se rassure : Jeremy Rush (dont c'est le premier long métrage) a fait du bon travail de ce côté là et réussit à utiliser le potentiel dramatique de son concept pour livrer un petit actionner sympathique qui tient ses promesses. La force de son film (qui se déroule intégralement dans une voiture) est que la proximité avec les personnages va progressivement mener à des enjeux beaucoup plus intimes. A défaut d'originalité, la qualité d'exécution évite à WHEELMAN d'être redondant ou ridicule. Il contient même de très bons moments. Le premier plan exploite parfaitement le potentiel cinématographique de son concept : assis sur la banquette arrière, le spectateur est directement immergé dans le récit, et l’utilisation du cadre dans le cadre pour présenter les personnages fait des merveilles.

Néanmoins le film possède aussi les défauts de ses qualités. En voulant à tout prix rester accroché au véhicule, Rush limite forcément sa mise en scène qui se résume vite aux mêmes plans de caméra embarquée sur la carrosserie, d'où des scènes d'action qui manquent d'ampleur : les poursuites et fusillades sont très courtes, répétitives et peu originales faute d’idées marquantes dans leur déroulement et d’une réalisation qui peine à s'affranchir des limites physiques du gimmick. C’est dans le drame que Rush s’en tire le mieux, avec une trame limpide et des enjeux bien établis. Cette qualité d'écriture, couplée à une durée de métrage réduite, nous fait oublier que 80% du film consiste en un personnage unique qui parle au téléphone et permet de garder un rythme soutenu. On peut remercier Frank Grillo qui, encore une fois, fait un excellent travail. L’acteur, qu’on voit de plus en plus au cinéma et qui a eu son baroud d’honneur dans l’excellente série KINGDOM, délivre une prestation solide aussi bien dans l'action que dans le drame et porte le film sur ses épaules. En pleine possession de ses moyens, il tire vers le haut cette histoire de famille qui avait tout du cliché ambulant mais qui se révèle plutôt touchante.

UN FILM DE jeremy rush * par ANTONY PORTIER

On en viendrait donc presque à fermer les yeux sur quelques énormités scénaristiques (la femme qui disparaît en un plan à la fin) pour se concentrer sur cette histoire qui se conclue sur une note positive et humaniste qui évoque presque le cinéma de Michael Mann. On est évidemment pas au niveau du maître, mais on ressort de ces 1h20 suffisamment satisfaits pour recommander WHEELMAN aux aficionados de petits films nerveux qui se dégustent un soir d’automne. Il est juste dommage de voir que Jeremy Rush ne transcende pas son sujet et reste prisonnier de son concept (même si à vers la fin le film semble prendre une autre direction) malgré des qualités évidentes. Un bel essai manqué qui emporte toutefois l’adhésion, c’est toujours bon à prendre.

 

Antony Portier