UNE VOITURE PASSE (ET EXPLOSE)

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Si BAD BOYS 2 a tant marqué les esprits c’est en grande partie grâce à ses morceaux de bravoure. Et côté action, le père Bay donne tout ce qu’il a sur ce film, multipliant les poursuites en voiture et les fusillades, les cascades insensées, le tout mis en scène de la façon la plus impressionnante possible. On le sait, Bay est un adepte du plan qui claque avec impact visuel immédiat. Il le dit lui-même : le montage ne l’intéresse pas. Ce qu’il aime c’est le plaisir procuré par une composition de cadre. BAD BOYS 2 est l’occasion pour lui d’expérimenter des images qui non seulement deviendront cultes, mais qui se répéteront par la suite, comme autant de plans-signatures. Alors que Mike et Marcus se rendent dans la maison du groupe qui les ont attaqués la scène d’avant, ils sont à nouveau pris pour cible par le gang des Haïtiens, qui leur tirent dessus à travers la porte reliant les deux pièces. Après un rapide échange de coups de feu, un dialogue s’installe entre les deux groupes. C’est alors que Bay sort de son chapeau LE plan qui a rendu la scène inoubliable : le fameux travelling circulaire qui balaye les deux pièces. En introduisant ce plan au début de la « conversation » entre les protagonistes, le réalisateur donne non seulement du rythme à ces échanges (le mouvement circulaire met en avant la tension qui s’élève), mais met également en place sa scénographie de façon brillante : on sait qui est où, alors que les personnages eux-mêmes l’ignorent (ils tirent tous constamment à l’aveuglette, ce qui donne un côté complètement absurde à la scène). Cette caméra qui se faufile à travers des espaces à priori impossible à traverser (à la manière du célèbre plan de la théière de PANIC ROOM) fera son retour à plusieurs reprises dans le cinéma de Bay : on retrouve ce même travelling circulaire dans NO PAIN NO GAIN, et également une variante dans le dernier TRANSFORMERS lors du climax. Mais l’influence de BAD BOYS 2 ne s’arrête pas à cet unique procédé, et c’est toute une ribambelle de plans ou de séquences entières que l’on retrouvera à l’identique dans la filmographie de Monsieur Badaboum. Guère surprenant de voir ainsi une poursuite sur autoroute dans THE ISLAND se transformer en variante de celle de BAD BOYS 2, avec des essieux de trains en lieu et place des voitures.

On l’aura bien compris : sous ses airs de film tape-à-l’œil (ce qu’il est clairement) BAD BOYS 2 prend des risques, tente des choses, et expérimente. Les ralentis servent tout autant à iconiser ses personnages qu’à les ridiculiser au sein d’une même scène. Tandis que Mike se jette sur le côté pour abattre un homme à deux doigts de tuer Marcus, Bay fige le temps, et transforme Will Smith en véritable héros tout droit sorti d’un film de John Woo. Pas de bol pour Marcus, qui lui se fera exploser le derrière en gros plan en slow motion avant de tirer la grimace face caméra. La demi-mesure, une notion dont le réalisateur se moque éperdument. Dans BAD BOYS 2, on balance des cadavres en pleine poursuite motorisée quitte à leur rouler dessus, on fait une fixette sur les énormes seins d’un autre cadavre à la morgue, on explose un bateau ( !) sur l’autoroute, on traverse un bidonville entier avec des Hummers (dans une scène hommage au POLICE STORY de Jackie Chan), les têtes et corps explosent de façon gorasse sans aucune pudeur…Le film apparaît alors comme un véritable défouloir pour Bay, qui sortait tout juste de son film « familial » et calibré pour les oscars. Ce n’est pas un hasard si la meilleure partie de PEARL HARBOR est celle de l’attaque, énorme morceau de bravoure sur pellicule de trente minutes dans lequel le cinéaste laissait exploser toute sa rage et sa maîtrise technique.

Et, pour en revenir à BAD BOYS 2, cette envie d’en donner pour son argent apparaît dès la première demi-heure du récit. Le spectateur vient à peine de se remettre de la scène d’intro et son gunfight que dix grosses minutes plus tard Bay sort l’artillerie lourde avec la poursuite sur l’autoroute, soit neuf minutes d’échanges de tirs nourris et de tôle froissée qui encore aujourd’hui mettent à l’amende la plupart des séquences similaires issues des blockbusters. « Illisible », « sur-découpé », « affreux », les adjectifs utilisés pour décrire le style de Bay dans ces scènes par ses détracteurs sont nombreux, et le cinéaste a souvent été critiqué pour ses choix de mise en scène et de découpage. Pourtant, à y regarder de plus près, rien n’est véritablement « illisible » dans cette scène. Chaque plan correspond à une action, la partie fusillade a le droit à un beau mouvement de grue descendant qui pose son espace dès que Mike et Marcus arrivent, et la partie en voiture ne semble pas contenir plus de plans que celle de n’importe quel autre film sorti à la même époque ou même après. Car ce n’est une surprise pour personne : Bay aime les voitures. Le bonhomme, rodé aux publicités pour les bolides, fait toujours en sorte de mettre le véhicule en avant. Son montage a beau être nerveux, le tout demeure plus que regardable pour quiconque a dix sur dix aux deux yeux. Mais, comme on ne se refait pas, les gros plans tremblotant avec zooms sur les personnages au volant et autres enchaînements rapides de courts plans sur les véhicules fonçant à toute vitesse sont bien là, comme à la belle époque de THE ROCK. Ce sont ces plans qui apparemment dérangent le plus les détracteurs du film, et on peut les comprendre tant ils agressent la rétine du spectateur. Mais ça serait oublier ceux (nombreux) au ras du sol, avec la Ferrari qui se fraye un chemin parmi le trafic, ces caméras qui se prennent littéralement des voitures (ou un bateau donc) en pleine face, cette sensation de vitesse palpable… On ressort de la scène épuisé, lessivé, comme si on avait passé neuf minutes dans un grand huit tout en se prenant des gifles à intervalles réguliers. Et il reste une heure quarante de film.

"Vous savez quand vous êtes à une course de kart, il y a toujours ce gamin qui a les vraies roues sur son kart tandis que les autres ont des roues en plastique ? Ce gamin qui est toujours au-dessus des autres ? Ça c’est Michael."

 

Will Smith

"J’ai essayé de rendre ce deuxième opus un peu plus réaliste et rentre-dedans. Tout comme Sean Connery et Nicolas Cage qui étaient entourés de vrais Navy Seals pour The Rock,  j’ai entouré Will et Martin par de vrais forces de l’ordre, et ça a fait une grosse différence."

 

Michael Bay

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