COLLATERAL

la nuit porte

conseil

Toute l’évolution de Max sera retranscrite via la mise en scène. Dans cette première scène Vincent et Max rencontrent Daniel, le propriétaire du jazz bar. La conversation est introduite par deux plans larges des trois personnages qui sont en pleine conversation. Les trois sont donc dans le cadre. La suite de cette discussion est composée de champ contre champ entre Daniel et Vincent, le premier racontant son histoire alors que le deuxième écoute sagement. Max, lui, est exclu de la discussion car il n’y a aucun plan sur lui. La première fois qu’il tente de participer se soldera par un plan sur sa personne, mais le contre champ reviendra sur Vincent en amorce, et Daniel s’adressant donc à lui en hors champ (On peut même dire qu’il s’adresse à Vincent vu la disposition du plan). Même si Daniel parle à Max, Vincent contrôle donc la conversation. Le plan large suivant ne se concentre pas sur nos personnages, mais sur leur environnement et l’arrière plan, qui est désormais vide de monde. Après un bref plan nous montrant la serveuse partir en fermant la porte, nous revenons sur Daniel et Vincent. Ce dernier annonce à Daniel qu’il connaît certaines personnes, ce qui ne manque pas d’inquiéter le premier. Sentant ses dernières minutes de vie arriver, le cadre se resserre directement sur les deux, appuyant la tension de la scène. Quand Max tente de raisonner Vincent, il est toujours dans la même valeur de plan, avec encore Daniel et non Vincent en amorce, et est donc encore une fois exclue de la conversation. Au moment de lancer la fameuse question cruciale qui peut coûter la vie à Daniel, Michael Mann opère un changement de valeur de plan sur Vincent, le filmant en légère contre plongée et en plan rapproché cette fois. Ce plan marque une cassure avec ce qui a précédé, et fini d’imposer Vincent comme l’homme qui dirige la scène. Max, dans une tentative désespérée de sauver la vie du pauvre homme, se met à donner la réponse, et agit directement sur les enjeux de la scène. Il est cette fois dans le même plan que Vincent, ce dernier en amorce sur la gauche grâce au changement d’axe. Le personnage a pris de l’assurance, et cela est directement retranscrit à l’écran. Hélas, alors qu’il vient à peine d’interagir, Vincent exécute Daniel le plan d’après. Horrifié par ce qui vient de se passer, Max, finit en arrière plan, flouté par la profondeur de champ, alors que Daniel gît au premier plan. Il a beau avoir essayé, sa tentative d’action n’a pas abouti. 

Please reload

La scène qui nous intéresse pour montrer l’évolution de Max se trouve une vingtaine de minutes plus loin. Alors qu’il vient de jeter la mallette de Vincent avec les noms de ses futur contrats, il doit se faire passer pour lui et demander à Félix (Javier Bardem) de lui redonner la fameuse liste. Le dialogue entre les deux commence par des plans de chacun de profil, à la différence près que si Félix est seul dans son plan (enfin presque, son reflet dans le miroir renforce son importance et son pouvoir) Max, lui, est entouré de gardes du corps menaçants. Lorsque Félix commence à comprendre que Max a perdu la liste, Mann opère deux changements d’axes consécutifs, finissant par un plan de Félix de face avec Max en amorce (comme un dialogue normal). Ce dernier a le droit à un dernier plan de profil avec les gardes du corps derrière lui, avant de revenir à un contre champ qui le met à pied d’égalité avec Félix. Sauf que Max est toujours entouré par les silhouettes en arrière plans. Félix, lui, est illustré par un léger travelling avant le rendant plus menaçant à mesure que son histoire métaphorique se déroule. Quand finalement Max sent qu’il est vraiment en danger, il se met à se comporter comme un vrai tueur et ordonne que l’homme derrière lui range son arme. Après une rapide contre plongé sur l’homme en question, Max/Vincent est cette fois-ci en gros plan, sans Félix dans le cadre, et en longue focale, rendant l’arrière plan flou et caduque. Il prend les devants, et improvise, devenant au sens littéral Vincent.