COLLATERAL

la nuit porte

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Le talent de Mann dans sa mise en scène se retrouve également dans les scènes d’action. Collateral contient une scène majeure de sa filmographie, une séquence qui par ailleurs, peut aussi rappeler à certains égards certains climax d'anthologies chers à Tony Scott. Alors que Vincent et Max se rendent dans une boite de nuit huppé de LA, le FBI est également sur les lieux et le tout dégénère. S’ensuit une incroyable fusillade, marque de fabrique du réalisateur de Heat, dans laquelle la gestion de la foule et de l’espace entre chaque protagoniste frôle la perfection. Il y a tout dans cette scène : des éclats de violence qui font mal, des échange de coup de feu tout droit sorties des films de Jonnhy To, des protagonistes qui évoluent tant bien que mal dans un cadre surchargé mais constamment clair, des mouvements de caméra suivant le regard et qui connectent plusieurs personnages dans l’espace scénique, un mixage sonore bluffant de réalisme...Tout concorde à faire de cette scène d’action un sommet de la carrière du réalisateur, en plus de définitivement confirmer qu’il est l’un des rois des fusillades « réalistes » au cinéma.

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Cette fascination pour les gunfights n’est pas la seule qui hante ses films. La nuit fait également partie intégrante du long métrage. Le numérique aidant, Mann met en valeur Los Angeles comme jamais via sa profondeur de champ, jouant avec les ombres, les différences entre le tournage argentique et numérique (la discussion avec le Daniel et ses teintes orangées qui tranche avec le bleu est à tomber par terre) et le rendu plus naturaliste des mouvements. Le décor devient un personnage à part entière qui guide les personnages. De la part du réalisateur de Heat ce n’est point une surprise, mais le passage au numérique ancre définitivement sa filmographie dans une évolution remarquable concernant cette partie.

Le film a beau ne pas être écrit par Mann, il comporte pourtant tous les thèmes chers à son cinéma. Le personnage de Tom Cruise est tout aussi solitaire que celui de James Cann dans Le Solitaire. Ce n’est pas un hasard si au détour d’un carrefour, Vincent et Max tombent nez à nez avec un coyote. Ce court passage onirique est l’occasion pour les deux de retourner à leur condition d’âmes errantes au sein d’un monde qui ne leur correspond pas. Le parallèle avec Vincent est encore plus probable, sa tenue vestimentaire et ses cheveux se rapprochant des teintes grises de l’animal. L’instant présent qui habite la scène fait bien évidemment référence au thème de la solitude. L’homme chez Mann est seul, mais ne veut rester seul. Ainsi comme le dit Vincent : Un homme meurt dans un métro à Los Angeles. Tu penses que quelqu’un le remarquerait ? ». Bien plus qu’une simple histoire de huit clos entrecoupés de scènes d’actions remarquables, Collateral est une analyse de l’humain où plus précisément de l'âme humaine dans ce qu’elle a de plus touchant et de pathétique. Un film sur l’inaction, sur l ‘héritage. Les êtres qui peuplent la filmographie de Mann sont des rebuts de la société, qui se fondent dans la masse tant bien que mal mais qui n’arrivent à échapper à leur condition d’êtres à la dérive. Vincent apparaît pour la première dans la foule à l’aéroport (plan repris presque à l’identique dans le final de Hacker), et finit son périple dans le métro, seul. Dans les deux cas le résultat est le même : personne ne  fera attention à lui, tout comme cet homme laissé pour mort dans ce bar vide, achevant de faire de Collateral une œuvre terriblement mélancolique, crépusculaire et marquante.

 

Une chose est sûre : le cinéma de Michael Mann n’a jamais été aussi vivant depuis.

 

Par A.Portier

UN FILM DE Michael Mann
Avec : Tom Cruise, Jamie Foxx, Jada Pinkett Smith...
Durée : 2h
Nationalité : Américaine