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GONE GIRL

 Jeux de rôles 

Le film de la logique

Autant de figures qu’avait déjà croisé Fincher, que ce soit des femmes fatales manipulatrices et mystérieuses (le final de The Game), des enquêtes policières médiatisées (Zodiac)  ou des jeux de piste (Se7en, The Game). La transposition visuelle de ce récit dans lequel les apparences et conventions pouvaient être remises en cause dans chacune des phrases du récit ne pouvait que séduire celui qui avait adapté Fight Club et son narrateur schizophrène, tout comme de concrétiser la satire des médias et des modèles sociaux englobant l’oeuvre de Gillian Fish (là encore : Fight Club et sa « critique » sociale sur les apparences via le personnage de Tyler Durden). On voit bien la gageure qui a pu séduire Fincher dans le travail d’adaptation : Comment traiter ces fameuses apparences d’un point de vue cinématographique ? Si, à l’époque de Fight Club le réalisateur avait usé de toutes les artifices visuelles pour rendre visible l’invisible structurant le monde, dans une séquence « catalogue de ventes Ikea » par exemple, depuis Zodiac, tout cela a effectivement changé.  Ce film aura été une étape importante dans la carrière de Fincher, constituant comme beaucoup de ces prédécesseurs un jeu de pistes obsessionnel. Sauf que cette fois on ne retrouvera jamais le tueur, et on ne pourra que s’en approcher. Cette proposition marquait aussi l’affirmation d’une rupture dans le style visuel du cinéaste : aux excès clippesques d’antan se substituait le maniérisme 70’s. Le ton se faisait plus réaliste, le rythme incertain, l’intrigue se diluait au gré des personnages. Aux mouvements marqués, travelling dans des anses ou au travers de tuyaux de Panic Room, s’était substitués des mouvements parfois tout aussi spectaculaires mais paradoxalement moins tape à l’œil, tel ce travelling surplombant le trajet d’une voiture avec une rigueur géométrique du cadre imparable. Sa grammaire cinématographique, depuis Zodiac, est de plus en plus épurée et précise à la fois, au diapason de l’intrigue « réelle » insondable et de son tueur méthodique présent partout et pourtant nulle part dans le cadre, distillant avec parcimonie et minutie ses effets. Cette méthode s’est encore plus affirmée avec The Social Network  dans lequel l’obsession du personnage principal se développait pour et par un univers du tout virtuel. C’est dans ce même décalage entre un système qui nous rend décalé et qu’on participe pourtant à construire que va se situer la description du monde social et des apparences du dernier film du réalisateur.  Le film se présente ainsi tout autant comme un retour aux sources au travers de son intrigue piège qu’une proposition parfaitement dans la continuité des derniers films de Fincher, notamment les surprenant Benjamin Button et The Social Network. D’ailleurs, comme dans ceux-là, le centre du film concernera un couple impossible et Gone Girl semble tout comme The Girl with The Dragon Tattoo un film sur le désir de rapports humains dans un monde médiatisé et opaque.