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GONE GIRL

 Jeux de rôles 

L'ambiguïté selon Fincher

Le final proposant de voir le couple vivre au quotidien pourrait être vu comme un pur simulacre, dans lequel on s’applique à jouer un rôle uniquement pour soigner les apparences. Le film reprend d’ailleurs une esthétique tout en fondu au noir que l’on a déjà vu dans les flash-backs extraits du journal intime. Ils apparaissaient justement au moment où Amy inventait une scène qui allait définitivement condamner son mari. On pourrait y voir la victoire d’Amy qui a concrétisé son couple « fantasmé », jusque dans ses pires noirceurs. Mais ce serait aller un peu vite. Le tournant qui enclenche cette dynamique finale ne tient pas dans un acte de la femme mais du mari. C’est lui, qui, à l’instar de son double fantasmé dans le journal intime, devient violent, les condamnant à devenir le couple conventionnel qu’elle souhaite, comme elle le lui rappelle ironiquement. Et lorsque sa sœur lui dit à la fin «You wanna stay with her ? » en s’effondrant en larmes, le contre champ sur Nick silencieux suggère que c’est effectivement le cas. Si la structure en fondu enchainé peut faire penser à une sorte de rêve, ou encore un piège enfermant Nick, tout s’organise dans une logique de consentement mutuel : N’aurait-il pas pu dénoncer sa femme ? Ne l’a t-il pas ramené à la maison ? S’ils sont ensemble, c’est qu’ils le veulent bien. La relation apparaît grotesque, les raisons parfois incompréhensibles et vagues, mais c’est justement ce qui fait le sel des relations dans les films de Fincher. Le réalisateur le dit lui-même : 

La façon dont le mari décrit son couple dans l’image finale est particulièrement savoureuse :

« We’re honest to each other, Partners in crime ».

 

La pique ironique du mari est un nouveau témoignage de l’équilibre étrange de ce couple. Alors que l’homme lance le « partners in crime », la femme le regarde étrangement avant  de répondre avec un sourire étonné. Si la vie sociale est forcément un piège, qui est pris au piège de l’autre ? Qu’importe finalement. Alors qu’il vient d’annoncer à la présentatrice télévisée du reportage qu’ils vont avoir un enfant, cette dernière vient, comme le veut les apparences, féliciter la future maman, alors que le mari montre sa lassitude de jouer encore ce jeu au second plan. Ou sa lassitude du mariage ? On ne saura jamais vraiment. 

On en revient au premier plan du film. La femme est de nouveau allongée, sa nuque face à nous. L’homme continue de s’interroger, laissant presque penser que tout ce qu’on vient de voir était un rêve, tant tout paraissait outré. La voix off du mari relance les mêmes questions :

« What will we do ? »

On ne saura jamais vraiment les sentiments que chacun a pour l’autre, comme eux l’ignorent. On en restera à scruter, à savoir si tel sourire ou telle moue effectué devant les caméras ou sous les regards de son conjoint au lit est vraiment sincère ou s’il est fait dans un but précis.

 

Par A.Portier

UN FILM DE DAVID FINCHER
Avec : Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris...
Durée : 2h29
Nationalité : Américaine