MAD MAX

 de Bruit et de Fureur 

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Alors que la sortie de Mad Max Fury Road approche à grand pas, un retour en arrière sur la fameuse saga s’impose. Car plus de 30 ans après sa sortie, Mad Max fédère encore les cinéphiles les plus aguerris, et l’attente générée par les derniers trailers de ce nouvel épisode ne fait qu’accentuer cette impression.

 

Ce qui rend cette franchise aussi intéressante et atypique, c’est bien le fait qu’elle est principalement née de « rien ». Un budget ridicule en comparaison des canons de l’époque, des acteurs alors inconnus, un tournage chaotique, et une production/post-production tout aussi difficile, afin d’accoucher d’un film qui engendra une véritable saga aujourd’hui rentrée dans la légende. 

Qui eût cru que George Miller, médecin de formation, ainsi que son ami et associé Byron Kennedy (producteur des deux premiers films et qui aura eu une immense influence sur leurs traitements) seraient les fondateurs d’un tel succès ? Et que 36 ans plus tard, Miller reprenne les rênes de la saga avec la promesse d’un blockbuster qui relève du jamais vu ?

D’une structure qui s’apparente à une longue course poursuite de deux heures en passant par un traitement du personnage principal plus en retrait au profit de nouveaux arrivants, des cascades qui s’annoncent insensées et tournées en dure…Bref ! Un énorme morceau de bravoure qu’on imagine marquant de par sa proposition et de par une mise en scène qui on l’espère, sera à la hauteur des bandes-annonces proposées depuis quelques mois.

 

Pourtant, même si Fury Road se rapproche visuellement beaucoup plus du deuxième opus, sa production et son tournage interminables (on parle alors de « production hell », ces fameux films qui mettent des années à se faire, ou qui ne se font pas tout court à cause de nombreux problèmes de toute sorte), plus proches des conditions du premier, nous rappellent que Miller est toujours le réalisateur acharné de Mad Max premier du nom. Un réalisateur qui n’a pas peur de mettre les mains dans le cambouis pendant des années pour un film qui lui tient à cœur. A 70 ans, le réalisateur australien pourrait bien frapper un grand coup et prouver que oui, la hargne de ses débuts ne l’a pas quitté. 

MAD MAX

On a souvent parlé d’un possible point commun ou « rapprochement » entre le film éponyme de Miller et la série Métal Hurlant. Quoi de plus normal après tout ? Le fameux magazine français de bande dessiné de science fiction créé en 1975 est alors à son apogée et rencontre un incroyable succès à tel point que la direction artistique de la revue à influencé des tonnes d’œuvres par la suite. C’est alors que Miller vient à la rencontre de Jean Pierre Dionnet (rédacteur en chef du magazine) afin de lui proposer d’utiliser le nom Métal Hurlant pour son film. Jean Pierre Dionnet refuse. Par la suite il apprendra que ce fameux film sera devenu Mad Max et qu’il se serait assis sur 10% des recettes pour l’utilisation du titre. Seul le logo de Mad Max, dessiné par Miller lui-même reste le seul signe de rapprochement entre les deux hommes.

La pré-production du film est interminable pour cause de manque de moyens et prendra environ 2 ans à se concrétiser. Le tournage est rocambolesque et causera de nombreux problèmes comme par exemple lors de ce premier jour : un cascadeur amenant une des actrices est impliqué dans un malheureux accident avec un camion à Melbourne. C’est alors toute la structure du tournage qui doit être revue !

Cette anarchie se retrouve également dans le film, et ce dès l’introduction. La route est déserte, peu de civils ou de voitures l’utilisent, et les seuls qui semblent habiter cette fameuse « anarchy road », tel qu’écrit sur le panneau, sont les forces de l’ordre, espionnant en ricanant un couple copuler. Ils sont montrés tels des gamins se moquant eux-mêmes de la loi, n’hésitant pas une seule seconde à transformer un homicide en affaire personnelle dès qu’ils apprennent que c’est l’un des leurs qui a été tué. La course poursuite qui s’ensuit est restée dans les annales. Alors que les policiers sont à la poursuite du Knightrider (l’aigle de la route en vf), Max est dévoilé petit à petit, constamment filmé de dos ou par bribes (des gros plans sur ses lunettes) ou caché du cadre (quand il enfile ses gants). Il est montré tel un prédateur attendant sa proie, écoutant la radio et attendant patiemment le moment opportun pour fondre sur celle-ci. Les séquences motorisées sont pour l’époque (et encore aujourd’hui) impressionnantes ! Filmées à ras du sol, à une vitesse parfois indécente (la séquence de l’accident de moto plus loin à été filmée à près de 200km/h), ces séquences sont entrecoupées de cascades qui auront marqués les rétines des cinéphiles. Le supplément dramaturgique qu’apporte Miller à cette ouverture se fera par le biais d’un dialogue dans le restaurant d’une station-service entre Jim Goose (le motard) et un homme. Le premier raconte une anecdote sur un accident apparemment très violent, et le second déclare alors ne plus avoir faim. Raconter cette petite anecdote (qui introduit le personnage de Goose) permet de rajouter du poids aux évènements qui vont se produire, et d’impliquer le spectateur dans ce qu’il regarde, tout en donnant un peu plus vie au background du métrage. Car le monde de Max est un monde vide et ravagé. Vide de toute logique, de loi (le hall of justice montré en guise de premier plan est un pauvre bâtiment en ruine), de gens sains… Max lui, semble être le dernier rempart entre la folie qui habite cet univers et le spectateur. C’est le seul qui lors de la mort de l’Aigle de la Route semble un tant soit peu ressentir des émotions, qui réagit de façon logique face a l’horreur lorsque son visage est dévoilé. 

La suite du film traitera alors de la lente escalade de violence entre le gang de ToeCutter (le Chirurgien en VF) et l’équipe de Max. On a souvent associé Mad Max à un western, et l’arrivée du gang en ville ne fait que renforcer ce rapprochement. La petite ville dans laquelle se déroule la scène fait immédiatement penser à un décor de western, de par son architecture et de par la façon dont Miller met en scène l’arrivée du gang. Le fait qu’ils viennent chercher le corps de l’Aigle de la Route dans un cercueil laissé par le train à la gare ne fait qu’appuyer ce parallèle. Mais s’arrêter à cela serait bien trop simple.

Alors que dans les westerns la route est synonyme de progrès, celle de Mad Max est porteuse de malheur, de régression, n’apportant que violence. Miller a beau filmer ses routes australiennes dans un très beau scope rappelant le genre favori de Leone, le propos s’avère être tout autre. La route est vectrice de violence. Une violence qui aura valu au film un classement X en France lors de sa sortie en 1980. Il ressortira un an après en version censurée et quelques mois après Mad Max : Le Défi (d’où le culte porté par nombre de gens sur ce deuxième opus, découvert pour certains avant le premier) en version définitive. Pourtant, à y regarder de plus près le film se refuse à toute violence graphique, préférant la suggestion et le hors champ pour démontrer l’horreur. Ainsi, lorsque le gang du Chirurgien s’en prend à un couple, ce sont les dégâts faits à la voiture qui seront montrés, et non le viol qui s’ensuit. Pareil pour la fameuse mort de la famille de Max qui, en un plan, sera rentrée dans la légende (ou comment rendre une mort improbable tout à fait crédible et prenante grâce à la mise en scène). 

Quand viendra cette fameuse mort (c’est à dire 20 minutes avant la fin du métrage) Max deviendra le fameux Mad Max du titre. Un homme devenu aussi fou que les gens qui peuple ce monde. Un personnage qui n’a plus rien à perdre. Un homme qu’il se refusait pourtant de devenir et il le dit lui-même au travers d’un dialogue avec son supérieur : « Si je continue à rester sur la route je vais devenir l’un d’entre eux. Un fou. La seule différence c’est que j’ai un badge qui dit que je suis un des gentils ». Par la suite vient s’insérer un plan iconique ou le personnage s’engouffre dans les ténèbres d’un parking avant de ressortir au volant de son engin de mort. Le film se transforme alors en vigilante movie, en y détournant toutefois quelques codes. Ainsi ce n’est pas le Chirurgien que Max tuera en dernier, mais un vulgaire sous fifre (il est incapable de tuer et est mentalement dérangé), dans une scène finale dont l’idée principale sera reprise…par James Wan dans Saw ! 

Il n’empêche que malgré son incroyable succès dans son pays d’origine (on parle d’un succès encore plus impressionnant que celui de Star Wars), Mad Max reçoit de mauvaises critiques en Australie. Et pourtant, le film finira par rencontrer un succès monstrueux en Europe ! De l’autre côté de l’atlantique le métrage est quelque peu « saboté » (redoublé et mixage sonore de très mauvaise qualité). George Miller quant a lui ressort lessivé du tournage, et déclare ne pas vouloir faire de suite.

 

Et pourtant.