La

bonne

note

WHIPLASH

L’histoire de Whiplash est simple. Neyman interprété par Milles Teller (Divergente, The Spectacular Now…) est étudiant à l’école de musique réputée de Schaffer. Son but : devenir le meilleur et trouver grâce, aux yeux de son professeur, Mr Fletcher. Mais la route vers l’excellence sera semée d’embuches, et il lui faudra faire des sacrifices pour pouvoir atteindre le niveau d’exigence demandé. A partir de ce postulat de base très simple, Chazelle dresse le portrait d’un élève timide et peu sociable, qui va devoir se dépasser afin d’atteindre son but. Et d’un professeur tyrannique, aux méthodes extrêmes prêt à tout pour pousser sa petite troupe jusque dans leurs derniers retranchements. Si la comparaison avec Full Metal Jacket est inévitable, Whiplash ne se limite pas à une vulgaire copie du film de Kubrick dans le milieu de la musique. C’est aussi un film qui pourrait être assimilé au genre du film d’action, à commencer par sa structure, avec ses nombreux morceaux de bravoures à rallonge dispersés avec parcimonie sur 1h45.

Chaque scène de violence verbale ou de musique est conditionnée par un rythme et une attention sur le corps et ce qu’il endure. Le spectateur se retrouve la majeure partie du temps, littéralement essoufflé à la fin de chacun de ces passages ! A un moment, un des élèves semble sur le point d’avoir un arrêt cardiaque alors qu’on le voit battre le plus vite possible sur sa batterie. A la fin, Neyman lui aussi semble entrer en transe, et le spectateur va naturellement s’inquiéter non pas seulement pour la réussite de son solo et de sa carrière, mais pour sa santé. Le métrage du jeune réalisateur ne se met pas de limite dans la diversité des genres abordés, et on pourrait tout à fait dire qu’il traite de musique sans vraiment le faire, un peu à la manière d’un film de boxe (avec le fameux rise and fall en dernière bobine) comme Raging Bull que Chazelle cite au cour de l’une de ses interviews :

 

« J’aime bien ça, ce que je peux dire c’est que c’était fait exprès. Cette idée de faire un film sur la musique comme si c’était un film sur le sport et surtout la boxe. Pour moi c’était plutôt Raging Bull que Rocky, j’adore les deux mais je connais mieux Raging Bull et je n’ai pas revu Rocky depuis que j’étais enfant. Ce qui m’intéressait c’était de rentrer dans un genre, en l’occurrence le film de sport et d’essayer de le transcender, et ça aussi je trouvais que c’était intéressant, parce que la batterie, bien sûr c’est la musique, c’est l’art mais c’est aussi très physique, et ce côté physique je trouve qu’on ne l’a pas vraiment vu dans les films de musique »

Please reload

C’est un film qui traite de l’humain, qui se fait un malin plaisir à prendre le spectateur à revers par le biais de twists vicieux, qui se focalise sur le ressentit physique via la musique, chose jusque-là peu ou pas abordé au cinéma. Cet effort physique, il se ressent principalement par la performance des comédiens, filmé dans de longs plans dans lesquelles la sueur et la fatigue se font sentir. Il suffit d’un gros plan sur Neyman frappant sur une cymbale (en amorce dans le cadre) pour qu’en 15 secondes toute la force déployée se fasse sentir à l’écran. Pas d’artifice, de sur-découpage ou de montage très complexe, juste une performance, et une mise en scène qui capte l’effort. Chazelle se fera un point d’honneur de mettre en valeur ces séquences, tout en faisant avancer son histoire, sa dramaturgie et ses personnages au sein même de celles-ci.

 

Le premier plan du film est un long travelling avant dévoilant petit à petit le personnage de Neyman, travaillant d’arrache-pied à la batterie. Le rythme de son jeu est rapide, agressif, en opposition à la lenteur du mouvement de la caméra. Sauf que comme le montre le plan d’après, ce mouvement de caméra n’était en fait que le point de vue de Fletcher, qui s’était infiltré dans le couloir et l’espace du personnage par surprise.

Le personnage sort alors la tête de la pénombre dans le contre champ. En plus d’être omniscient, il est montré comme une sorte de monstre, un vampire surgissant de nulle part. Il est celui qui donnera les ordres, qui aura le pouvoir sur Neyman et sur les autres. Alors qu’il enlève sa veste, la lumière révélant alors sa musculature (plutôt imposante pour un professeur de musique), il ordonne (déjà) à Neyman de jouer le fameux « double time swing ». Le cadre se resserre encore plus sur notre personnage principal, la pression exercé par les paroles du professeur commence seulement à peser : « faster, faster !! » lui dit-il. Et alors que le film opère encore un travelling avant sur Neyman, finissant presque sur un gros plan, Chazelle opère un mouvement brusque de caméra sur la porte qui vient de se claquer.

Fletcher/Chazelle a encore trompé la vigilance de Neyman/du spectateur.

 

Le personnage de J.K Simmons entrera une nouvelle fois dans le champ par surprise plus tard, entrainant le même travelling avant sur Neyman. Il est encore filmé tel un méchant tout droit sorti d’un film de super héros ; seul ses pieds marquent l’attention du réalisateur alors qu’il s’avance vers l’autre professeur, et il parle peu. Le plan séquence qui suit verra les différents élèves essayer de gagner les faveurs du professeur tyrannique, en vain. Chazelle se focalise alors sur Neyman (jusque-là caché) et un vrai échange s’opère alors, avec un véritable champ contre champ cette fois-ci. Cet enfermement du personnage, cette volonté de ne pas l’inclure dans le groupe via la mise en scène sera présente tout du long.