UN FILM DE robert zemeckis * par fouad boudar

« Je ne veux pas refaire sans arrêt le même film. Cela ne m’intéresse pas. »

Robert Zemeckis

COUP DU DESTIN :

En 1972, le jeune Robert Zemeckis dépose avec une heure de retard son dossier de candidature à la prestigieuse U.S.C. (University of South California). Son rêve de devenir cinéaste s’effondre. Que va-t-il bien pouvoir faire de sa vie ? Ne pouvant se résigner à soumettre son destin à une simple règle administrative, il prend son téléphone et supplie le responsable des admissions d’accepter son dossier. Par miracle, il est admis à la dernière minute. A lui les bancs de l’U.S.C. sur lesquels il rencontrera ses amis Bob Gale, John Milius et, par ricochet, Steven Spielberg. Cette anecdocte est incroyablement signifiante et révélatrice d’un thème qui dominera une grande partie de l’œuvre du cinéaste : le Destin.

 

Ce miracle n’est que le début des véritables épreuves pour lui. En effet, ses deux premiers films (I WANNA HOLD YOUR HAND - 1978 ET USED CARS - 1980), bien que formellement brillants, sont des échecs cuisants et lui valent un chômage technique de 3 ans. De nos jours, ces débuts laborieux enterreraient n’importe quelle carrière. Un autre coup du sort le met sur la route de Michael Douglas qui, impressionné par son savoir faire, le recrute pour mettre en scène A LA POURSUITE DU DIAMANT VERT (1984). Le film fait un carton. L’épée de Damoclès est levée. Sa carrière est lancée.

LE GÉNIE TRÈS DISCRET :

Robert Zemeckis est souvent considéré comme le meilleur disciple de Steven Spielberg. C’est oublier que RETOUR VERS LE FUTUR est le film qui établit définitivement le prestige du label « STEVEN SPIELBERG PRESENTE : ». En effet, les débuts du producteur Steven Spielberg furent aussi laborieux que ceux du réalisateur Robert Zemeckis. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer et s’influencer mutuellement.

QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT (1987) est la note d’intention de l’œuvre du cinéaste, à savoir un projet hors-normes, qui en découragerait plus d’un, mais qui repousse les barrières techniques et narratives de son médium. Lorsqu’il s’attèle à RETOUR VERS LE FUTUR 2 (1989), il nous propose, encore une fois, une expérimentation narrative inédite : revisiter le premier film avec un nouveau point de vue, donnant ainsi tout son sens au titre de la saga. Epousant la forme du western, la facture plus classique de RETOUR VERS LE FUTUR 3 (1990) dissimule le tour de force logistique qui a présidé à sa conception. En effet, le réalisateur l’a tourné en même temps qu’il supervisait la post-production du second volet,  une expérience qu’il qualifia lui-même de cauchemard. On aperçoit déjà là l’envie du cinéaste de ne pas subir les étapes traditionnelles de la confection d’un film, en voulant les plier à sa volonté, même si cela lui vaut un épuisement physique. Inédite pour l’époque, cette méthode de travail est devenue de nos jours très courante, avec les tournages simultanés ou back to back de sagas comme les trois premiers PIRATES DES CARAIBES, HARRY POTTER et LE SEIGNEUR DES ANNEAUX.

Plutôt que de l’enfermer dans une posture de cinéaste de prestige, son Oscar de Meilleur Réalisateur pour FORREST GUMP, va au contraire l’inciter à pousser davantage ses recherches formelles, avec une envie vorace de raconter de grandes histoires. Bouleversantes et universelles.

SEUL AU MONDE (1999) constitue une étape essentielle dans sa marche vers la maîtrise absolue de son art.  Chuck Noland, cadre chez Fedex, est dominé par le temps. Par les minutes qui passent. « Ne tournez jamais le dos au temps. La montre a sur nous le pouvoir de vie et de mort. » dit-il à ses troupes. Lorsque son avion s’écrase en mer lors d’un déplacement, il trouve refuge sur une île déserte où il survivra pendant quatre ans. Tous les thèmes chers au réalisateur sont présents : le rapport au temps et le destin notamment. Tourné en partie sur l’archipel des îles Fidji, ce conte existentiel absolument fascinant remporta un énorme succès (mérité) à sa sortie. Geste sublime, il se distingue également par la manière avec laquelle il a été tourné. Afin de figurer le temps passé sur l’île déserte, le réalisateur suspend le tournage pendant une année entière afin que Tom Hanks puisse perdre une trentaine de kilos et être crédible dans la peau de son personnage. Là encore, il soumet le planning de tournage aux exigences de sa narration. Il mettra à profit ce hiatus pour tourner APPARENCES ; son workshop-hommage à Hitchcock. Son rêve est à portée de main.

« Les Studios sont devenus frileux. Aujourd’hui, un film comme SEUL AU MONDE ne pourrait pas se faire. » Robert Zemeckis

 

L’œuvre de Robert Zemeckis est donc faite de destins bouleversants en quête de transcendance, illustrés par des images monumentales. Pour la poursuivre, il a besoin de s’affranchir définitivement des contraintes physiques d’un tournage afin de maîtriser totalement les images qu’il fabrique.