UN FILM DE DAMIEN CHAZELLE * par ANTONY PORTIER

Bonne ou mauvaise étoile ?

Ce refus de proposer quelque chose de trop familier se retrouve même dans l’utilisation des effets spéciaux, qui reposent sur des techniques inédites vu la propension d’Hollywood à faire dans le tout CGI depuis des années. Ici point de vaisseaux créés de A à Z via un ordinateur mais de vraies maquettes qui se déplacent devant d’énormes écrans LED. Aucun fond vert à l’horizon, un parti pris qui rappelle également INTERSTELLAR, pour lequel Nolan avait refusé de se reposer sur les CGI pour rendre ses séquences spatiales inédites. Les différents making of sont d’ailleurs passionnants et montrent bien l’importante logistique déployée pour atteindre un tel rendu.

Malgré un réalisateur oscarisé, un acteur bankable et une campagne marketing solide First Man ne fut pas un grand succès, au contraire. Si la critique a salué le film de Damien Chazelle le public lui, n’a pas été plus motivé plus que ça pour se déplacer en salle. Est-ce justement ce parti pris visuel et scénaristique qui a fait peur aux spectateurs, la peur de se retrouver devant quelque chose d’inattendu, ou même un sujet au départ pas si glamour que ça qui a rebuté ? Difficile à dire tant Chazelle semble faire tout l’inverse de ce qu’on pourrait attendre de lui. Plus qu’un énième “film de la maturité” First Man représente pour Chazelle une réelle prise de risque, une biographie qui n’en est pas vraiment une dans laquelle les instigateurs n’hésitent pas à prendre des libertés pour narrer leur histoire de la façon la plus intéressante possible. Et quand bien même le film traine quelques défauts (dont une durée qui aurait peut-être méritée d’être plus resserrée vu l’orientation thriller/action), First Man parvient à être une parenthèse passionnante pour un jeune réalisateur qui a tout d’un grand.

 

Par Antony Portier

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