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NOUVELLES PIÈCES

 Fins de série 

Bay l’avait dit au cours d’une interview : « Transformers 3 sera le dernier ». Alors que le dernier volet de la saga, l’âge de l’extinction, vient de sortir, on peut se demander ce qui a pu motiver Bay à se replonger dans l'univers des Transformers une quatrième fois. Une première explication semble provenir de paramètres purement économiques. Le réalisateur ne nie absolument pas que son implication dans ce nouveau volet de la saga tient aussi à un deal avec la Paramount, négocié pour la mise en chantier de Pain and Gain, son précédent film accordé comme une faveur par le studio. Et au-delà, la série de films est une poule aux œufs d'or qui a assuré leurs revenus des 10 dernières années  au cinéaste et studio.  Pourtant, au-delà du discours marketing habituel, il semble qu’au-delà des raisons financières, l'implication de Bay dans cet opus tient aussi à son amour pour la franchise et à sa personnalité perfectionniste. Le réalisateur californien s'est consacré près d'une décennie à la saga robotique d'Hasbro et a transformé au fur et à mesure des années et des épisodes une franchise « Spielberg » en un univers "100% Bay". Alors qu'il est sur le point de l'abandonner et de laisser le studio et un autre cinéaste prendre la relève, le film est au centre d'un double enjeu pour Bay : proposer le meilleur épisode de la saga, et la repositionner sur des nouveaux rails pour son avenir prochain :

 

« Je pensais en avoir terminé... Et à ce moment-là je me suis dit « Oh mon dieu, quelqu’un va prendre la relève. » et j’ai commencé à réfléchir un peu sur moi-même. Genre Ok, je vais faire mon petit film, Pain and Gain, et le studio veut relancer la franchise (...) Donc je me suis dit, je fais le prochain film, je pose les bases et la direction à prendre... »

 

Transformers n’a pas seulement été qu’une opportunité pour lui, elle est devenue sa franchise avec laquelle il entretient un lien quasi affectif. A l’heure d’aujourd’hui, Transformers appartient autant à Michael Bay qu’Avatar à James Cameron. L’intéressé l’avoue d’ailleurs :

 

« Quand vous possédez une franchise, c’est très difficile de la laisser ».

 

Cela est bien sûr à relier à la personnalité perfectionniste du cinéaste, fasciné par les relectures des gestes filmiques des autres ou des siens. Un cinéaste comme Bay, qui retravaille de film en film des séquences, des mouvements de caméra pour arriver à la meilleure version possible ne peut qu'avoir été saisi par la possibilité de reprendre sa saga dans la direction qu'il voudrait pour proposer un écrin à des séquences d'action upgradées. Avant de repartir bosser comme au bon vieux temps avec son ami/producteur Jerry Bruckeimer sur une autre de ses franchises, le voilà une dernière fois à la tête de son « gros joujou de sf » et le film porte plus que jamais les marques habituelles de son auteur. De façon assez étonnante, le film semble d'ailleurs poursuivre la voie de Pain & Gain et propose de nombreux moments réflexifs où Bay semble interroger ses images ainsi que le produit qu'il fabrique.

Si la saga Transformers, pourtant blockbuster à plusieurs centaines de millions de dollars peut ainsi prendre en charge une charge critique ironique sur son propre contenu, c'est qu'elle a toujours été le symbole des contradictions du cinéaste. C'est aussi pour ça qu'elle lui est propre et proposer aujourd'hui un nouveau numéro 1 à la franchise, maintenant libérée de l'influence « Spielbergienne », est l'occasion pour Bay de faire une sorte de manifeste de son cinéma de divertissement. Il s'agit presque d'une récréation pour Bay, une sorte de spin-off de ses films, reprenant les personnages dans un postulat créé pour l'occasion. La séquence qui viendra réintroduire Optimus Prime au centre de cette nouvelle intrigue se situe d'ailleurs dans un vieux cinéma désaffecté, dans lequel trône donc l'énorme camion : nous sommes dans un univers de cinéma où tout est possible, il suffit juste de relancer la machine. Le héros se rappelle des films qu'il y est allé voir comme d'un souvenir perdu à ressusciter.  Comme on attend que sorte le nouvel épisode pour connaître la suite, le chef des Autobots est en mode pause en attendant son nouveau film dans la salle de cinéma de quartier. Le film joue beaucoup de cet aspect sériel, s'envisageant d'entrée comme le début d'une nouvelle saga et propose plus que jamais un univers pop, rappelant tout autant les dessins animés par moments que les comics édités par Marvel. Dans les design des nouveaux venus, Drift, Hound, ou encore l'incroyable Lockdown arbore des visages plus proches de l’humain aux expressions plus cartoon que jamais. C'est aussi à un personnage de comic-books qu'on pense d'entré en voyant Lockdown, sorte de Winter Soldier robotique. Le film accumule les images ultra-iconisantes, tel cet Optimus Prime à dos de T-Rex présenté sur l'affiche ou ce ralenti sur Crosshair tirant sur les ennemis en ouvrant son parachute et sortant une punshline tout droit tirée d’une BD de super héros.

S'il y a moins d'images ou de postures symboliques fortes venant figurer les grandes étapes de l'intrigue, comme dans Dark of The Moon, le nouveau film de Bay, avec sa photographie exacerbant les couleurs et ses cadres pensés en IMAX est un des meilleurs représentants actuels d'une esthétique pop contemporaine, avec par moments des compositions saisissantes, comme lorsque Drift se retourne vers le spectateur lui disant avec un air jouissif : « C’est de l’Optimus Prime ». Tandis qu'Optimus au second plan part à l'attaque tel un chevalier à dos de T-Rex métallique. Il y a une exaltation dans ces moments qui, même si elle dure parfois qu'un instant, semble réellement au cœur des intentions du nouveau film du réalisateur de The Rock. Le film ne cherche jamais à se justifier et va dans tous les excès sans pour autant prendre ses enjeux à la légère. Si l'intrigue humaine, avec un héros nerd bodybuildé qui se dévoue un peu trop et une intrigue familiale éculée, demande une certaine naïveté, c'est surtout que les véritables héros du divertissement qu'envisage Bay sont les Transformers. Repositionnés en héros de la saga, seuls éléments liants entre les films, c'est avant tout eux qui peuvent donner leur pleine mesure et permette toute une série de scène d'actions jouissives telles que sait les faire « Awesome Bay ». Les nostalgiques pourront  regretter l’absence totale de références liées aux histoires de la première trilogie. Seul Steve Jablonsky tient visiblement à donner quelques échos à ses compositions antérieures (dans les titres « Punch Hold Slide Repeat » et « Have Faith Prime » ou encore « The legend exists » notamment).