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NOUVELLES PIÈCES

 Fins de série 

Que raconte le film ? A l'instar du premier volet, c'est au travers d'un humain découvrant un Transformers que le film commence. Il s'agit ici d'un ingénieur/inventeur raté, Cade Yeager (Mark Whalberg), père de famille célibataire croulant sous  les factures. L’homme récupère tout ce qu’il pense pouvoir être réparé puis réutiliser pour faire fonctionner l’une de ses inventions et ainsi, mettre sa famille à l’abri du besoin. Alors qu'il ressuscite Optimus Prime, il est encerclé par des agents du gouvernement. "Les règles ont changé" donc et les Transformers sont maintenant chassés par le gouvernement et par un chasseur de prime intergalactique, Lockdown. Les militaires prennent l'assaut, la maison de Cade est explosée, et il se retrouve en fuite avec sa famille, poursuivit comme un Autobot.

 

Entre l'homme accablé par les impôts et n'arrivant pas à accomplir le rêve américain, le soldat Optimus, autrefois héros, maintenant fugitif ainsi que les figures de pouvoir se construit d'entrée des rapports de force qui se jouent en miroir. Il n'y aura pas un, ni deux, mais quatre antagonistes possibles, chacun influençant les autres tout comme il en est qu'un dérivé : l'agent du gouvernement n'agit que grâce à Lockdown, qui « rend service » aux humains tout comme il s'acquitte d'une mission venue de décisionnaires Aliens. Le pôle de la CIA est aussi financé par une entreprise, KSI, à qui il « revend » les robots capturés en pièces détachées, pour mettre en place des nouveaux modèles en série qui vont échapper aux contrôles de leurs créateurs et devenir une menace pour tous. Tout est inextricablement lié, dans une vision du monde en système, avec des groupes s'opposant et se reflétant entre eux. Chacun des protagonistes de l'aventure se définit par son appartenance à un camp et à ses visées que ce soit l'agence gouvernementale, l'entreprise, le groupe de survivants des autobots, l'émissaire Lockdown ou la nouvelle « race » de Transformers, sans oublier le cercle familial se rangeant auprès d'Optimus par défaut. Ils sont tous inéluctablement liés dans leurs enjeux et passent leur temps à affirmer qu'ils ne sont pas pareils : « on en aura fini avec les humains » dit Optimus Prime dans une scène, « Ne vous occupez pas des humains » répond le chef du gouvernement à Lockdown dans une autre. « Vous  êtes inutiles » dit le patron de KSI au chef des Autobots, « Je ne suis pas le représentant des humains » semble y répondre Cade plus tard.

 

Comme dans les précédents opus, les analogies se font bien sûr entre le destin des humains et les robots, comme entre l'agent des créateurs et celui de la CIA, tous deux se réclamant d'un patriotisme pour justifier leurs actions. Mais le jeu de miroir le plus retors est à chercher du côté du patron de KSI, Joshua Joyce, qui se révèle être un double ayant réussi dans le monde libéral du personnage de Wahlberg. Les deux sont créateurs, mais le personnage de Stanley Tucci est une sorte de Steve Jobs autoritaire. Cela dit, leurs motivations ne sont pas si éloignées : Joshua Joyce a fait sa fortune en devenant le « maître fabriquant » de la technologie de demain. En récupérant le fameux « Transformium » sur un site de construction en Antarctique, il espère ainsi assoir sa suprématie en tant qu’inventeur révolutionnaire. Cade Yeager préfère protéger Optimus pour que celui-ci l'aide à parfaire ses créations. La figure du créateur et de sa responsabilité est au centre de toute l'intrigue : c'est le patron de KSI devant affronter les conséquences de sa technologie, mais aussi Cade Yeager, considérant sa fille comme sa chose ou les « créateurs » considérant qu'ils ont droit de vie et de mort sur toutes les espèces qu'ils ont créées. Car le centre de toute l'intrigue est là : les Autobots ont été créés dans un but précis, et une fois ce but accompli, humain comme extra-terrestres leurs demandent de redevenir des pièces fabriquées. Se soumettre et disparaître. A cette extinction programmée répond le vieux thème de l'humain voué à se détruire lui-même, l'enjeu du film étant de récupérer un objet appelé « La graine ». Sorte d’explosif qui pourrait condamner l'humanité entière à se changer en « Transformium », la matière principale servant à créer un Transformers et dont Tucci se sert pour fabriquer ses répliques en série. L'image de la grosse entreprise en partenariat avec la C.I.A pour contrôler le monde, entre le marketing et la guerre de l'information et la rêvant manipulables comme des objets. Cette situation alimentant la misanthropie des robots envers la race humaine, s'achèvera dans un final guerrier ou il faudra choisir entre se soumettre, mourir, ou être libre.

"A cette extinction programmée répond le vieux thème de l'humain voué à se détruire lui-même"

Nous sommes là devant un scénario typique de la « méthode Bay » : multiples personnages et multiples intrigues qui se rejoignent par intermittence, avec comme écueil habituel le fait que cela ne facilite ni l'implication ni la compréhension. Ce qui par contre surprend dans ce quatrième volet, c’est la nouvelle étendue donnée à l’univers des Transformers. Le film poursuit non seulement l'intégration des réalités sociales de notre monde actuel au centre de la narration, comme initié dans Dark of The Moon avec sa métaphore sur le monde du travail ; mais comme dans de nombreux films traitant de la fin du monde cette année, on parlera ici de dieux, de créateurs, d’origine... Loin d'être un lourd pensum, le film traite cette question au travers d'une lutte guerrière et sociétale propice à toutes les actions, allant jusqu'à faire du final une annonce de space opera où Optimus part en volant à l'assaut des créateurs divins pour s'en venger.