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NOUVELLES PIÈCES

 Fins de série 

Bay se réapproprie entièrement son propre matériel, pour ne pas dire ses propres jouets avec lesquels il avoue clairement s’être assez amusé depuis maintenant 7 ans. La plus grande nouveauté de ce quatrième opus est probablement dans le fait de faire traverser à ses robots le quatrième mur, comme cet Optimus Prime perdu retrouvé devant un écran de projection le laisse supposer. Alors que la fiction s'apprête à redémarrer dans ce vieux cinéma abandonné, le détenteur des lieux commence à parler des suites et des remakes : « Que de la daube ! » dit-il. Petite pique dans lequel Bay commente avec ironie son nouveau projet de cinéma. Faut-il en déduire que nous sommes bien dans la continuité de Pain & Gain, film dans lequel Bay semblait commenter son propre style dans tous les plans ? Oui et non. D'un côté, la trame narrative, centrée autour de la responsabilité des créateurs et de la possibilité de laisser vivre les créations de leurs propres ailes joue les parallèles avec la situation de Bay par rapport à sa saga. De l'autre, les suites sont souvent l'occasion de ces jeux réflexifs sur le produit qui prend conscience de son statut, d'une façon un peu ironique. Bay incluait déjà l'affiche de Bad Boys II dans la suite de Tranformers comme un clin d'œil. Mais nous sommes ici plus loin que la simple accolade complice au spectateur : sans atteindre la virulence critique de son cinéma, c'est bien à Joe Dante que le film fait parfois penser. Le cinéaste a souvent été considéré comme une figure tutélaire de la saga : que ce soit au travers de reprises explicites, telles l'invasion d'une cuisine par des robots dans Revenge of the Fallen ou d'une certaine folie cartoon, tendant vers le burlesque lors des scènes d'entreprises de Dark of The Moon. On y repense dans Age of extinction avec ce personnage principal, inventeur raté aux créations défectueuses, ce vaisseau spatial rempli de différentes créatures extra-terrestres dont des robots quasiimportés d'Explorers ou plus généralement à Small Soldiers avec son entreprise fabriquant des produits en série main dans la main avec des militaires.

 

Comme dans ce dernier, le film semble se désigner comme objet marketing destiné à vendre des jouets en série. On trouve au cœur du conflit entre Autobots et humains, la perspective de fabriquer des Transformers upgradés comme produit de consommation de masse. Bay marque explicitement qu'il a conscience du produit qu'il fait, et de l'importance que ça lui confère en réalisant des blockbusters « en série ». Une  scène dévoilant le tout premier face à face entre Optimus et le designer de ces « copies » est un moment particulièrement intense, à la symbolique assez forte. Lorsque le personnage d'Optimus, initiateur de la franchise et héros traversant tous les épisodes annonce son départ, le personnage de Tucci le souligne très clairement : « Le monde sera le premier ravi. On vous fabrique en usine, nous n’avons plus besoin de vous... ».

"Bay incluait déjà l'affiche de Bad Boys II dans la suite de Tranformers comme un clin d'oeil. Mais nous sommes ici plus loin que la simple accolade complice au spectateur"

Ce commentaire intervient alors que la production de Transformers l’âge de l’extinction a été particulièrement impacté par l'apport de fonds chinois. Certaines obligations sont visibles ici et là comme des placements de produits, ou des lieux devant apparaître à l’écran. Sans compter la présence d’acteurs locaux amateurs ou de célébrités (séquence de l’ascenseur avec Tucci qui met en scène un boxeur très connu dans le pays entre autres) ainsi que d'autres restrictions liées notamment à la représentation de la Chine et de son histoire. Lorsque l’on voit que ce Transformers dépasse maintenant le milliard de dollars ou qu’un deuxième volet de Pacific Rim n’a pu voir le jour que grâce à son rendement sur le marché du cinéma asiatique, il parait certain que le film de Bay n'est qu'un premier jalon d’une stratégie à la longévité certaine. La question sera dorénavant de savoir à quel niveau tout cela va impacter le cinéma hollywoodien.

A ce jour, Transformers 4 est un succès mondial, mais la Paramount doit gérer plusieurs procès en instances envers certaines marques mais aussi le mécontentement de China Film Group Corporation, heurté par quelques punchlines laissées de façon délibérée en montage. Comme cette séquence ou après avoir joyeusement shooté un robot de chez KSI, Bumblebee déclare : « j’aime pas les pâles copies » en plein Hong-Kong. Dans le film de Bay, les Chinois sont aussi les financiers des produits en série, on souhaite installer les usines haute technologie à bas coût en Chine, et les grands patrons se réfugient à Hong-Kong pour ne pas tout perdre. C'est dans la trame concernant le personnage de Joshua Joyce, interprété par un Stanley Tucci parfait dans la veine hystérique propre au cinéaste qui est d'ailleurs l'arc humain le plus fort du film.

"Dans le film de Bay, les chinois sont aussi les financiers des produits en série, on souhaite installer les usines haute technologie à bas coût en Chine..."