END OF WATCH et
CLOVERFIELD
 
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Les limites du found-footage dans Cloverfield et End of Watch

 

Depuis une dizaine d'année, le genre du faux documentaire ou des fausses images d'archives, le found footage semble être le parangon de la simulation du réel au cinéma. Le monde des images dans lequel nous vivons n'a jamais été aussi propice à ce genre de projet: on filme tout tout le temps. Le succès de ce cinéma tient aussi au fait que ces projets mêlent la subjectivité   des héros et la connaissance de la provenance des images que les spectateurs regardent. En explicitant le(s) metteur(s) en scène comme personnage du film , le genre se permet d'expliciter tout indicible: si le réalisateur est bien là, devant nous, le monstre doit l'être aussi. Si c'est filmé en temps réel, ça a forcément du se passer comme ça. Ce n'est pas un hasard, si, quand le genre a commencé à être populaire, il ait proposé des relectures "intimes" de deux grands évènements, le massacre de Columbine et les évènements du 11 Septembre.  Le contrat est double: il faut qu'on puisse croire au metteur en scène et aux images qu'il nous montre. Si l'un des deux perd son emprise sur ce que le spectateur voit, s'il montre ses limites, il risque de se brûler les ailes. Et les exemples de ces dernières années sont remplis d'utilisation du procédé peu consciencieuse, où il est impossible de croire à l'un ou l'autre. Le genre s'est souvent limité au champ du cinéma horrifique, et à proposer des films d'horreur "comme si on était dedans". Cloverfield et End Of Watch ont quand à eux proposé de "passer le quatrième mur" dans d'autres genres: loin du simple train fantôme, l'ambition est de faire un film catastrophe à la Godzilla et une chronique policière réaliste.

 

Le film de David Ayer se présente comme une chronique policière courageuse et vertueuse, proche du documentaire: c'est un lointain héritier de Les flics ne dorment pas la nuit de Richard Fleischer ou de The Lineup de Don Siegel succédant aux enfers urbains de Friedkin et Mann. Le found-footage n'est qu'une façon de l'habiller à la mode actuelle. Proposer de l'autre côté du champ ne sera pas l'occasion de proposer de voir "ce qu'on nous cache", mais de retranscrire le quotidien « héroïque » de la patrouille.

Les interprètes des deux policiers, Gyllenhaal et Peña s'effacent purement et simplement du cadre pour faire place à de vrais personnages crédible de flics dans les quartiers chauds de Los-Angeles. Le film propose aussi au milieu d'interventions musclés de nous les montrer parler de leurs familles, de leurs états d'âmes, de leurs rencontres ou pratiques sexuelles...  C'est tout autant les images que les justesses du script qui donnent cette impression de réalisme. Depuis les années 2000, l'ex officier des Marines David Ayer s'est trouvé une véritable reconversion au sein du 7ème art. A la base scénariste, Ayer s'est beaucoup inspiré de son parcours professionnel de son enfance et des quartiers chauds de South Central dans lesquels il a grandi pour écrire ses projets. Un parcours atypique qui lui a valu une véritable renommée dans l'univers des polars musclés notamment grâce à son script pour Training Day.

Mais pourquoi le found footage? Pour l'immersion dira t'on : lors de certaines séquences, le rendu s'avère être suffisamment inédit (dans le contexte) pour l'accentuer. Mais, à la vision du film, le procédé gêne parfois. Le réalisateur ne s'y tient pas, rompant avec les licences du format pour "repasser" derrière une caméra de cinéma et proposer un point de vue extérieur. Et si le film se permet de se soustraire aux règles du found-footage, il se permet aussi un autre écart: celui de la subjectivité. Dans End of Watch, l'on passe à plusieurs reprises de la bande des gangsters qui se filment aux policiers qui font un reportage sur leur quotidien. Il semble même qu'il suffit qu'une caméra apparaisse à l'écran pour que l'on nous propose "son point de vue". La raison à chercher à l'utilisation du procédé est bien plus explicite après avoir lu les propos de David Ayer :

 

"Pour End of Watch qui suit des gens très normaux exerçant un métier très étrange, je voulais raconter l’histoire d’un bout à l’autre avec les images enregistrées par les personnages. Beaucoup de films fétichisent les policiers et les traitent comme des automates ou des figures d’action. C’est plus intéressant de voir comment une personne normale réagira face à l’insécurité, à la violence, et aux situations extraordinaires.

 

"J’ai eu l’idée du found footage en voyant des vrais enregistrements de policiers en train de prendre des appels, de rencontrer des gens. C’était fascinant. Je pensais que ce serait génial de montrer comment les flics se comportent quand ils se filment eux-mêmes, mais en réalité, c’est difficile à faire fonctionner d’un bout à l’autre. A un moment, j’ai eu besoin de tourner certaines situations autrement, et je me suis trouvé limité. Ca revenait à tourner avec une main liée dans le dos."