C'est un film de "Drive-in" :

 

Le film de Scott Waugh se caractérise forcément par rapport à son concurrent direct, la saga Fast and Furious. Cette dernière, devenue au fil des années une franchise de film d'actions a délaissé avec le temps les courses automobiles clandestines de ses débuts. Les 15 ou 20 premières minutes font indéniablement penser au premier volet de cette série avec l'introduction des personnages dans un garage, le rodéo de nuit, et les habituelles conventions du genre depuis des décennies. Sauf que la réactualisation n'est pas du tout dans la même visée ici. Pas d'imagerie de « clip de rap cliché », ni ambiance ou bande-son urbaine. Le ton du film se réclame d'un univers provincial un peu désuet, proposant un monde à peine réactualisé des films de courses des années 60. L’univers de Need For Speed dépeint de jeunes et beaux pilotes à la petite gueule d’ange sympa. Quand l’un détient le petit garage du coin de papa qui est décédé, l’autre dirige celui de la grande ville. On se respecte et on reste gentleman en toutes circonstances, même avec le mec qui vous a piqué votre petite amie, là où ça aurait été l'occasion de multiples ralentis et scènes d'agressions verbales. On est aussi loin de ce que les derniers F&F ont pu proposer en terme d'actions, comme voir un tank sur une autoroute écraser de pauvres automobilistes ou encore deux caisses gonflées à mort, trainer un coffre-fort blindé en plein centre-ville. Le film semble dire « back to basics » : il ne s'agit pas de rhabiller le vieux cinéma avec la mode de maintenant, mais d'une proposition assez désuète d'assumer une formule usée. Et, si l'ambition n'est pas de produire un grand film mais une série B tenant du film de drive-in, les gens qui se sont employés à reproduire ces conventions le font avec un premier degré et une conviction assez rare dans ce genre de projets inspirés du monde du jeu vidéo. Au classicisme du jeu répond le classicisme de l'intrigue, comme une sorte de note d'intention de premier degré partagée. Cet esprit « old school », un peu désuet est la marque de John Gatins, scénariste qui s'est fait une réputation avec ses scénarios hyperclassiques, de Real Steel à Flight, parcouru de trajectoires vertueuses et de drama très appuyés. Dans Real Steel, John Gatins titillait déjà notre fibre nostalgique en substituant les duels de bras de fer d'Over the top par des combats de robots, tout en baignant son histoire dans un univers rétrofuturiste.

L'ouverture commence au travers d'une introduction un peu longue, implantant cet univers vieillot à base de sorties entre amis, blagues de mécaniciens et rivalités courtoises. Jusqu'au drame ou le film reprend la trame de The Run, opus du jeu lui-même inspiré d'un autre film de voitures mythique des années 70, Point limite zéro. Épisode sorti en 2011, The Run mettait en scène Jack Rourke. Un pilote en fuite qui devait rallier San Francisco – New York (ici l'itinéraire sera inversé), traversant des parcours des plus dangereux aux côtés des flics et autres coureurs. Afin de prouver son innocence, Tobbey Marshall incarné ici par Aaron Paul devra lui aussi traverser les États-Unis le plus vite possible pour participer à la mythique « De leon », une course illégale organisée par un homme mystérieux se faisant appeler "Monarch" (Mickael Keaton).

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Cependant, si le soin apporté aux personnages de Need for speed semble un cran en dessous, Gatins a en revanche l’intelligence de donner aux scènes d’action du film une vraie dramaturgie qui s’inscrit et s’insère parfaitement au sein du récit. Si une scène d’action (ou de courses poursuites) vient pointer le bout de son nez, ce sera toujours pour faire avancer l’histoire, résoudre certains enjeux, développer les personnages. L'ambition étant de ne pas donner dans le divertissement "je m'en foutiste" dans lequel on compile des scènes avec du liant totalement hors contexte. Le problème étant que dans les passages obligés, le ton du film se retrouve parfois être au bord de la rupture ou de la redite sans intérêt. Mais là où l’on pensait qu’avec un tel matériel de base les scénaristes de Need For Speed auraient pu céder au cynisme ainsi qu'à un second degré quasi constant, en explosant qui plus est ce qui est déjà présent dans les Fast and Furious, il est en fin de compte assez étonnant de voir que le film affiche clairement cette volonté contraire.

Extrait de Point Limite Zero (1971)