La Rage au Ventre

Par James Horner

 

Après son magnifique travail sur Le Dernier Loup de Jean-Jacques Annaud, la rédaction continue de rendre hommage à James Horner dans ce dossier "En musique" consacré à La Rage au Ventre d'Antoine Fuqua. Un probable dernier hommage destiné à ce grand nom de la musique de film.

C'est effectivement avec un budget très modeste qu'Horner nous livre l'un de ses tout derniers albums. Dernier album où le compositeur d'Avatar décide (faute de temps et de moyens) de reprendre ses partitions d'Amazing Spider-Man. Certains titres de La Rage au Ventre font d'ailleurs échos à d'autres morceaux du film de Marc Webb. On pense forcément à « A long Road Back », un titre tout simplement magnifique de La Rage au Ventre, mais qui reprend quasi note pour note « I can't see you anymore » d'Amazing Spider-Man. Et si Horner est majoritairement connu pour avoir été l'un des premiers à introduire l'électronique dans ses compositions, La Rage au Ventre (contrairement à Amazing Spider-man entre autres) fait davantage la part belle à ses talents de pianiste qu'à sa maîtrise du support électronique.

Autre titre d'un moment clef de La Rage au Ventre, « Training » aurait pu largement être ce genre de morceau ou Horner aurait fini par se plier aux rythmes effrénés et bien connus des "training montage" que l'on a l'habitude de voir dans tous les films de sports. Sauf qu'ici, il n'en est rien ! La véritable force du compositeur sur l'oeuvre d'Antoine Fuqua réside définitivement dans ce choix de composition très sobre et tout en retenu, sans le moindre renfort de "gros" orchestres. « Training » qui reste au passage le meilleur titre de cet album. Un morceau vraiment très « fin » où toute l'élégance de James Horner au piano (ainsi qu'une utilisation très mesurée de l'électronique), termine de sublimer cette séquence de « training montage » bien loin des canons habituels propres au genre.

L’œuvre d'Antoine Fuqua force aussi le spectateur à s’embarquer dans un mélange de genres. En effet, les partitions d'Horner et les titres RNB finissent parfois par littéralement s'entrechoquer ! À l'image de l'introduction du film ; on peut constater que Fuqua décide d'ouvrir celle-ci sur le premier titre de l'album « The preparation », pour laisser ensuite intervenir seulement une poignée de secondes plus tard « Rob Bailey and The Hustle Standard - Beast », titre RNB bien bourrin qu'écoute Billy Hope (Jake Gyllenhaal) pendant que son staff le prépare pour son combat. Ainsi, le réalisateur de Training Day fait ici preuve d'une utilisation astucieuse de la musique intra et extradiégétique. Une gestion qui finit bien souvent par dépeindre l'état psychologique de son personnage principal et qui reste donc toujours au service de la narration.

 

Bref, une dernière composition réalisée dans « l'urgence » pour Horner il est vrai, mais qui, grâce à son économie drastique de temps et de moyen, fait de celle-ci une œuvre totalement dépouillée, mais à la fois subtile et très classieuse.

 

Par N.Van

Album disponible chez SonyClassics Records

« Il m'a appelé un samedi après avoir visionné le film, je lui ai dit que je n'avais pas d'argent pour la musique car il ne s'agissait pas d'un film a gros budget. Et il m'a dit : "J'adore le film. J'adore la relation père-fille. Ne t’inquiète pas pour l'argent. Je vais le faire, tout simplement." Et il l'a fait pour rien. Il a payé son équipe lui-même.»

 

Antoine Fuqua