"Quand on parle de..."

Steve McQueen

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Il se retrouve alors à se masturber dans la douche, le miroir de la salle de bain opérant une symétrie le reflétant. Le personnage est renvoyé à sa condition d’homme emprisonné par son addiction. Il est ainsi  enfermé dans le cadre des deux côtés, séparé par la limitation de la douche, donnant ainsi l’impression que la prison est autant mentale que physique. Son visage est flou sur le gros plan qui suit, faisant de lui un être qui s’efface au fur et à mesure de l’acte. Au lieu de devenir plus clair, de se nettoyer, le personnage se dégrade.

Quand nous retournons dans la rame de métro, McQueen rouvre la scène avec gros plan sur le personnage de Fassbender, complètement flouté et peu discernable, comme dans la douche. Sa « dégradation » ne se limite pas à son chez-lui, mais à sa vie de tous les jours. Impossible de dire ce qu’il regarde, ni ce qu’il éprouve. Il apparaît tel une silhouette effrayante attendant de fondre sur sa proie. Le contre champ qui suit nous dévoile la jeune femme en face de lui dans la rame de métro, qui le regarde avec insistance d’un air un peu gêné, mais dans un plan rapproché à la poitrine cette fois, donnant plus d’importance à cet échange de regards. Elle lui porte désormais plus d’attention.

Nous revenons alors sur Brandon, cette fois complètement discernable. Il n’est plus flouté. Le personnage est passé à autre chose. L’acte de la masturbation n’aura suffi à calmer sa soif de sexe très longtemps. « Lavé » de cette absence d’envie il repart à l’attaque. Il est désormais cadré en plan rapproché poitrine également et les personnes autour de lui ont disparu du cadre. C’est un vrai dialogue entre les deux qui s’opère maintenant qu’ils sont tous les deux à la même « hauteur ». Il reste seul, ne la lâchant pas du regard alors qu’elle se décide enfin à répondre à son insistance par des sourires qui en disent long, mais toujours entourée d’autres passagers, comme pour montrer la différence de mentalité et de dilemme entre les deux. Lui est seul dans son cadre, n’est parasité par aucun élément autour de lui alors qu’elle, reste dépendante du monde qui l’entoure malgré le fait qu’ils soient dans la même valeur de plan. 

La rame arrive à la station suivante et l’arrière-plan nous dévoile les personnes attendant sur le quai. Ce sont des silhouettes passant de droite à gauche qu’il ne voit même pas, son attention étant porté en face. Le contre champ sur l’inconnue la montre envieuse, mais ce sentiment sera de courte durée. Deux personnes traverseront le cadre, barrant le chemin de son regard. Cette barrière qui vient s’interposer entre les deux sera le premier signe évocateur d’une relation qui ne doit avoir lieu.  Elle le quitte alors du regard. Alors que la rame redémarre, elle continue de fixer le sol, l’air pensive.

 

David est maintenant en gros plan, rendant son regard encore plus insistant. Il est le seul élément de repère du plan, l’arrière-plan étant plongé dans la pénombre du tunnel, faisant de son visage le seul centre d’intérêt.

De gauche à droite

Steve Mcqueen nous montre alors les jambes de l’inconnue se croiser. Ce geste à priori banal est ici mis en valeur de telle sorte que le désir s’amplifie à mesure que la musique se fait plus lyrique. Dans un mouvement ascendant nous remontons sur son visage. Elle ne le quitte désormais plus des yeux. Il fait de même, dans le même gros plan qui précédait.

Changement d’axe cette fois-ci avec un plan légèrement en plongé (marquant une rupture) sur  la jeune femme, qui semble désormais hésitante. Elle se lève, et alors qu’elle s’agrippe à la barre nous découvrons qu’elle a une bague et est donc déjà engagée avec quelqu’un. Tout ce qui a précédé est remis en question. C’est alors que Brandon entre dans le cadre par la droite par surprise (il était assis en face et devrait arriver logiquement par la gauche), sa main agrippant à son tour la barre et superposant celle de la jeune femme. Le mouvement ascendant qui suit se concentre sur les visages des deux personnages. Elle finit par lui tourner le dos et la barre termine de les séparer dans l’espace scénique (Brandon se retrouve encore enfermé).

De gauche à droite

Les portes s’ouvrent et elle part de manière précipitée. David reste seul dans le cadre, enfermé sur la droite par la barre, l’empêchant littéralement d’entrer dans son espace. Le personnage décide pourtant de violer cette frontière entre les deux et s’élance dehors. La caméra le suit alors de dos, opérant un plan séquence à la fin duquel il finira par la perdre, ne parvenant à la trouver. Le fait que ce plan soit un long plan sans coupe nous montre la détermination du personnage. Sans coupe, il est à priori impossible pour McQueen de « tricher » et cette scène de « poursuite » finit donc par gagner en intensité.  Pourtant elle disparaît, passant hors champ pendant quelques secondes, suffisamment longtemps pour que Brandon soit perdu. Un mouvement de steadycam circulaire prolongeant ce plan séquence finit de nous montrer David continuer de la chercher dans le hors champs, en vain. Avec lui en gros plan, son environnement étant caché (le côté par lequel elle est parti reste un mystère) il ne peut se projeter dans l’espace et reste prisonnier.
 

Il se rend à l’évidence, et redescend les escalier.

De gauche à droite