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Quand on parle de Paul Greengrass et de Jason Bourne, on pense évidemment à la mise en scène qui a marqué les esprits et inspiré de nombreux cinéastes, pour le meilleur comme pour le pire. On ne compte plus les séquences de combats bordéliques, les caméras portées sans raisons apparentes, le sur-découpage à tout-va, et les séances de cinéma dont on est ressorti épuisé et les yeux en sang. Pour comprendre ce qui marche et ce qui ne marche pas, retournons à la source. La saga Bourne a opéré un changement radical à partir du deuxième opus qui a signé l’arrivée de Paul Greengrass à la réalisation. Le metteur en scène anglais au style très différent de celui de Doug Liman amène la franchise sur un terrain encore plus terre-à-terre. Si LA MÉMOIRE DANS LA PEAU s’avérait plutôt classique dans sa forme, LA MORT DANS LA PEAU va vite montrer que le réalisateur de BLOODY SUNDAY a une toute autre approche. À la mise en scène posée du film de Liman se substitue une véritable décharge d’adrénaline qui ne prend jamais le spectateur par la main. La réalisation des Bourne made in Greengrass est ainsi plus étriquée, plus découpée, mais aussi beaucoup plus rythmée. Comparons deux scènes des premiers films par exemple :

La scène de LA MÉMOIRE DANS LA PEAU s’ouvre sur un plan large de deux policiers s’avançant vers le banc sur lequel Bourne dort. Le cadrage fait qu’il est impossible de distinguer leur visage et les rend menaçant. Le cadre se resserre alors sur le visage de Bourne qui se réveille à cause de la lumière. La caméra adopte ensuite le point de vue de ce dernier le temps d’un court plan nous dévoilant le visage d’un des deux officiers. Après un retour sur Bourne, c’est un contre-champ du premier plan large qui s’offre à nous, nous montrant Jason littéralement enfermé dans le cadre par les agents de police. Puis gros plan sur Matt Damon (on l’étouffe dans le cadre afin de faire ressortir le sentiment de malaise) expliquant sa situation. Rien n’y fait, et l’homme à sa gauche le somme de se lever dans une reprise du plan précédant mais en plus resserré (plan américain). Alors que Bourne commence à se lamenter sur son sort, un tonfa entre dans le champ. Bourne le saisit instinctivement, et la caméra opère un léger mouvement descendant le montrant alors en contre plongé afin de mettre en avant le sentiment de puissance qui vient d’envahir le personnage. La déculotté qui suit est présentée via une série de plans taille/américain entrecoupés d’un plan large, d’un travelling latéral, et se conclut sur un plan large, le tout avec un léger effet d’accélération. C’est sur un nouveau plan large que la scène se termine, Bourne s’enfuyant à toute vitesse.

De gauche à droite