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Maintenant, une scène similaire chez Greengrass :

"Si vous regardez attentivement la façon dont Paul filme, il commence rarement une scène de façon conventionnelle – plan large, plan resserrés et gros plans. Il aime poser sa caméra derrière le dos de quelqu’un qui entre en scène. C’est ce vers quoi je tends également. Particulièrement sur un film de la saga Bourne. J’essaye toujours d’introduire un élément « à la première personne », ce qui est un peu plus original et intéressant et vous permet de coller au personnage."

 

Christopher Rouse / Monteur

 

A contrario, la scène de LA MORT DANS LA PEAU ne s’encombre d’aucun plan large lors de l’arrivée de l’agent de sécurité dans la pièce. C’est un plan de dos qui par la suite dévoile Jason Bourne, et qui s’élargit un court instant pour nous dévoiler le garde sur le côté. Mais ce dernier n’a en fait aucune importance, et le second plan large nous montre Bourne et son interlocuteur se faisant face, chacun occupant un côté du cadre (inférieur gauche pour le premier, supérieur droit pour Bourne). La suite de la conversation est illustrée de la manière suivante : l’agent s’adresse à Bourne dans une série de champs/contre-champs dont les valeurs de plan sont identiques, le tout dans un silence religieux interrompu par un très discret motif musical inquiétant qui revient à deux reprises. Les plans sont longs, et le léger vacillement de la caméra ne fait que renforcer cette sensation d’imprévisibilité qui fait qu’à n’importe quel moment tout peut basculer (à ce stade le spectateur sait de quoi est capable Bourne). Quand l’agent se lève et s’approche de Bourne, il est filmé en contre-plongée, mais Bourne est toujours filmé de face (et non en plongée), comme si l’autorité et le sentiment de pouvoir du premier étaient illusoires. Quand finalement la tension arrive à son paroxysme et que l’action s’emballe, le montage se fait beaucoup plus rapide, et c’est par le biais de trois plans que Greengrass et son monteur concluent ce court échange : un gros plan sur l’agent attrapant son arme (avec Bourne enfermé dans le côté gauche du cadre et qui se libère dans le même mouvement), un plan cadré à a taille qui contient un jump cut (quelques images ont étés enlevées du plan entre la première et la seconde frappe), et un plan plus rapproché au niveau de la poitrine. La caméra penche de la gauche vers la droite lors d’un court plan large, comme si elle se remettait de ce qui venait de se passer, choquée par l’imprévisibilité de la scène. Puis c’est un enchaînement de gros/très gros plans montés très rapidement qui nous montre Bourne se saisir d’un téléphone et manipuler la carte SIM de ce dernier avec un appareil (un léger mouvement de caméra fait le lien entre la SIM et le téléphone en une seconde). La musique entre en piste, le rythme a explosé, et c’est un véritable sentiment d’urgence qui émane de la scène. Quand Bourne s’en va et ferme la porte derrière lui, aucun plan large ne permet de voir clairement l’étendue des dégâts qu’il a causé. Le spectateur vient littéralement de se prendre un électrochoc.

De gauche à droite