UNE SÉRIE CRÉEE PAR scott buck * par Antony portier

On avait quitté Marvel made in Netflix déçus, dégoutés par un LUKE CAGE qui avait sombré dans les abysses de la médiocrité dans une deuxième moitié de saison lamentable. Aussi attendait-on IRON FIST avec curiosité mais aussi avec une grande appréhension. Les mêmes erreurs allaient-elles se répéter ? L’histoire allait-t-elle perdre de son intérêt à mi-parcours ? Finn Jones serait-il convaincant en Iron Fist ? Aurait-on droit à un super-héros qui s’assume et qui ne passerait pas son temps à se cacher dans des sous-sols ? Oui et non, et pourtant : IRON FIST est un ratage qui se plante sur à peu prêt tous les niveaux. Cependant les créateurs n’attendent pas le sixième épisode pour tout foutre en l’air : ils mettent les deux pieds dans le plat dès le début.

En effet, pour espérer voir un semblant d’histoire intéressante il faudra se taper une première moitié de saison pachydermique qui se résume à des gens parlant business dans des bureaux 80% du temps. Si LUKE CAGE tentait (tant bien que mal) d’ancrer son univers dans la blaxploitation et JESICA JONES dans celui du polar, on se demande bien où veulent en venir les gens derrière IRON FIST. Une série judiciaire ? Pas vraiment. Un drame ? Oui, mais pas trop. Du kung fu ? Oui, mais très rarement. Au lieu de donner une identité à la série (tout ce qui touche aux triades est sous-exploité comme pas permis) les créateurs préfèrent s’enliser dans les méandres du feuilleton chiant comme la pluie (merci les gros conflits familiaux bien clichés qui plombent constamment le récit) et des traumas/questionnements lourds et affreusement mal développés à travers des tunnels de dialogues interminables qui ne sont jamais exploités visuellement. Car Danny Rand aura beau par exemple rabâcher à longueur de temps « Je suis l’Iron Fist, je suis une arme de destruction mortelle » jamais on aura l’impression que c’est le cas. Tout ce qui tourne autour de Rand et Iron Fist n’est jamais crédible, la faute à une écriture très maladroite et au cast jamais vraiment convaincant. Et c’est principalement à cause de Finn Jones, qui échoue à rendre son personnage crédible par son manque de charisme et son jeu parfois ridicule (haaaa ces crises de nerfs qu’on croirait sorties de la bouche d’un adolescent). Marvel/Netflix a toujours eu le nez fin pour trouver des premiers rôles convaincants jusqu’à présent (à la limite Krysten Ritter était inégale, on vous l’accorde) mais IRON FIST est le premier gros faux pas du studio à ce niveau.

On se retrouve donc avec une intrigue qui part dans tous les sens, avec des scénaristes qui tentent de jouer inutilement la carte de l’ambigüité vis a vis des bad guys et une saison qui aurait facilement mérité trois épisodes de moins en enlevant tout les éléments superflus. Les scénaristes, désormais pris au piège dans l’univers Marvel, se sentent en effet obligés à chaque nouveau show de ramener le personnage de Rosario Dawson dans l’intrigue alors que cette dernière ne sert qu’à faire la donneuse de leçon (quand elle n’est pas tout simplement un boulet) qu’on aimerait bien bâillonner et enfermer dans le placard le plus proche. L’arrivée de Harper (Carrie-Anne Moss) tôt dans l’histoire ne servira d’ailleurs à rien si ce n’est remplir deux épisodes de façon artificielle avec une sous-intrigue qui sera balayée d’un revers de la main grâce à une facilité scénaristique qui tombe à pic (comprendre : tout ce que vous venez de voir ne servait à rien). La trame met ainsi un temps fou à démarrer (il éclate une porte à la fin du deuxième épisode, ouf) et ne décolle au final jamais, quand bien même un troisième bad guy (belle erreur de casting au passage) fait son apparition aux deux tiers de l’aventure. Ces défauts d’écriture sont en plus accompagnés d’une réalisation qui s’avère assez plate, jamais inventive ou impressionnante quand il le faut et qui échoue lamentablement à chaque fois que les réalisateurs tentent d’insérer des effets de style, tel ce split screen qui fait son apparition lors d’un combat pendant trois secondes (véridique) pour une raison inconnue ou encore ces effets ridicules (pas aidés par le jeu catastrophique de Jones) dans le dernier épisode lorsque Danny entre dans une colère folle en pleine discussion.

On aimerait bien se rabattre sur le côté action de la série, mais là aussi rien de neuf sous le soleil. IRON FIST avait pourtant de quoi donner envie avec cette transposition des codes des films de kung-fu à New York. Malheureusement Finn Jones n’est pas Scott Adkins et ça se voit. On aura beau nous dire que l’acteur a suivit un entrainement spécialement pour le rôle, rien n’y fait : les (rares) combats sont d’une mollesse atroce, jamais impressionnants, filmés en dépit du bon sens, jamais mis en valeur, avec des chorégraphies nulles effectuées par des acteurs nuls. Du kung-fu pour les nuls donc, qui arrive à être bien moins spectaculaire que les affrontements de DAREDEVIL (on rappelle que Danny Rand est censé être l’Iron Fist, une arme de destruction mortelle super dangereuse entrainée par des moines pendant 15 ans et qui à des capacités martiales indéniables, c’est lui qui le dit en plus à chaque épisode). Les personnages de la série eux-mêmes se moquent de Danny Rand, en le traitant de « pire IRON FIST jamais vu », comme s’ils lisaient dans l’esprit du spectateur. Pas bête Marvel.

On attend maintenant le AVENGERS de Netflix aka THE DEFENDERS, qui relate l’association de tous ces super-héros (ou presque) sur petit écran. Après LUKE CAGE et IRON FIST on a de grosses craintes quant à la capacité du studio et des showrunners à offrir une vraie série de super-héros. Car répéter ad nauseam « je suis l’Iron Fist » c’est bien beau, encore faut-il le montrer et assumer ce statut jusqu’au bout au lieu de jouer la carte de l’hypocrisie (n’espérez pas voir un bout de costume dans cette première saison). Et ça Marvel et Netflix semblent avoir du mal à le comprendre. L’avenir nous le dira peut-être, mais en l’état on est pas très partant pour une deuxième saison de IRON FIST, télénovela friquée avec trois bastons et demi qui n’apporte rien au genre et ne délivre même pas le strict minimum. Sinon il y a eu récemment LOGAN ou la série LEGION (qu’on vous recommande chaudement), deux projets audacieux qui tirent le genre vers le haut et se révèlent cent fois plus passionnants d’un point de vue scénaristique ou visuel.

 

À bon entendeur.

 

Par Antony Portier