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Après les sequels, prequels et autres reboots, la série TV est devenue pour Hollywood une nouvelle manière de décliner ses franchises à succès. Fargo, Sleepy Hollow, Une Nuit en Enfer, bientôt Rambo... La liste s’allonge, avec plus ou moins de pertinence et de réussite. C’est sur cette vague que vient surfer Ash vs Evil Dead. Au départ petit film d’horreur sorti en 1981, Evil Dead de Sam Raimi devient culte. Le réalisateur récidivera avec un deuxième opus considéré comme meilleur par nombres de cinéphiles. Après un troisième volet qui divisera un peu plus et un remake en 2013, c’est à la télévision qu’on retrouve la saga initiée par Raimi, après une flopée d’annonces en tout genre : une suite du remake de 2013 était d‘abord envisagée, puis une suite à Evil Dead 3 par Sam Raimi lui-même, et enfin la fusion des deux projets en un seul et même film (vous suivez toujours ?). Un projet plutôt alléchant et original sur le papier, qui tombera à l’eau. C’est donc en série télé que Ash fait son grand retour. Un exercice qui a attisé la curiosité des fans, avant qu’un premier trailer absolument démentiel tombe sur la toile et fasse de Ash vs Evil Dead une des séries événement de l’année. Sam Raimi est à la production et à la réalisation du pilote, et c’est Craig DiGregorio qui écope de la casquette de showrunner (il a travaillé sur des séries telles que Chuck et Workaholics).

C’est vraiment ce que les spectateurs aiment majoritairement : 20% de peur je pense, 10% de mise en scène, les 70% restants sont vraiment à attribuer à Bruce Campbell.

 

Sam Raimi

S’il fallait citer LA grande qualité de Ash vs Evil Dead, ça serait en effet Bruce Campbell. Excellent acteur qui n’a pas eu la carrière méritée, Campbell est heureux de revenir et ça se voit : son jeu est évidemment basé sur un cabotinage constant, mais on a jamais cette impression d’humour forcé. Il faut dire qu’il est bien aidé par des dialogues croustillants qui le transforment littéralement en machine à punchlines. Au niveau du ton, on est donc bien plus proche de Evil Dead 3, l’humour étant omniprésent, mais jamais envahissant car faisant partie intégrante du show. Cette figure du héros loser et ridicule est bienvenue, et fait directement écho aux précédentes séries du showrunner. L’attachement à Ash fonctionne donc du tonnerre, les situations et dialogues absurdes se succédant sans qu’à aucun moment le personnage ne soit antipathique. La série est presque une ode à l’acteur, mais ce « Bruce Campbell show » arrive néanmoins à retrouver ce qui faisait le sel de la franchise, du moins dans sa globalité. Car les fameux 10% de réalisation dont parle Sam Raimi sont majoritairement condensés dans les premiers épisodes et le tout dernier, qui contiennent quelques idées de mise en scène typiques de la franchise : cadres de travers, zooms, jeux sur la différence d’échelle et sur les amorces, caméra embarquée, très gros plans et jeux de lumière, on se croirait presque revenu dans les 80’s. Problème : ce bonheur sera de courte durée, vu que les épisodes restant seront bien plus classiques dans leur mise en forme. Une uniformisation et un manque de folie qui on l’imagine découlent d’un budget restreint. Heureusement la série parvient à garder un rythme de croisière très soutenu grâce à un format de trente minutes par épisode, laissant peu de répit au spectateur entre deux blagues potaches et des attaques sanglantes de deadites.

Sam était très catégorique sur le fait qu’il ne voulait pas que ce soit une copie. C’était super. Nous avons toujours voulu faire de nouvelles choses avec la série. Je mentirais si je disais que nous n’avions pas pensé d’abord aux fans quand nous réfléchissions aux épisodes et à ce qui se passait à l’intérieur, le type d’horreur, d’action et de comédie que nous utilisions. Nous avions juste à aussi nous déconnecter et être sur que nous racontions de nouvelles histoires intéressantes.

 

Craig DiGregorio

La conversion de l’univers d’Evil Dead en série de dix épisodes ne s’est toutefois pas faite sans heurt. En effet, et malgré le format épisodique court, les scénaristes doivent tant bien que mal étirer une trame extrêmement simpliste sur près de cinq heures. Un exercice assez casse-gueule qui trouve vite ses limites, et qui transforme la série en road movie assez répétitif dans sa narration. Un épisode = un huis-clos, soit la formule des premiers films, mais ici étalée sur une durée bien plus conséquente. La reprise de la narration des films de Sam Raimi n’est en soit pas spécialement gênante, car l’écriture essaye constamment de renouveler les situations malgré l’espace scénique restreint, mais la sensation de vide se fait parfois sentir. Des épisodes entiers ne sont ainsi que des entractes sans véritables enjeux intéressants (on pense par exemple à celui se déroulant dans le bunker avec les rednecks militaires) et donnent l’impression que les scénaristes brodent tant bien que mal pour ralentir l’intrigue, pourtant pas très alambiquée à la base. Cependant, on se prend d’affection pour les personnages qui accompagnent notre loser préféré ; Pablo et Kelly arrivent à créer une nouvelle dynamique via leurs interactions, et les différentes story-lines auxquelles ils sont liés ne sont jamais trop envahissantes : un deuil qui ne s’éternise pas, une fausse histoire d’amour sur laquelle on ne s’appesantit pas... Ces événements participent pleinement à la caractérisation des personnages, mais leur traitement n’est jamais trop lourd. On n’en dira pas tant du personnage de policière joué par Jill Marie Jones, qui n’arrive jamais à intéresser. Une apparition en début d’épisode, un petit coucou à la fin, voilà à quoi on pourrait résumer son rôle pendant les deux tiers de la série. Lucy Lawless doit composer avec à peu près le même rôle insignifiant au début, mais gagne considérablement de l’importance vers la fin.

Un des trucs cools de la série c’est qu’elle ne recule devant rien. Ash, en évoluant à travers les films, est devenu ce connard égoïste, grande gueule, charmeur qu’on ne peut s’empêcher d’aimer. Souvent à la télé vous voyez le jeune héros qui dit « Je ne grandirai jamais, je ne le ferai jamais ». Ils ont vingt-cinq ans à ce moment, et puis ils en ont trente et ils sont mariés. Ash n’a jamais fait ça.

 

Craig DiGregorio

En faisant le choix du héros qui n’a jamais rien vraiment réussi dans sa vie (à part survivre à des attaques de démons) la série offre une alternative bienvenue. Ash est resté le même loser que par le passé. Il ne s’est pas assagi, c’est même le contraire qui s’est produit : le personnage est plus excentrique que celui de Evil Dead 1 et 2, et plus proche de celui du troisième opus. Ironiquement, Raimi et DiGregorio déclarent suivre la continuité du deuxième film, principalement pour des questions de droits. Ceci dit cela n’est jamais vraiment dérangeant, surtout que le parcours de Ash dans la série est cohérent de bout en bout. Alors que ce dernier devra prendre une décision d’une importance capitale à un moment-clé du récit, le choix opéré sera à la fois incohérent moralement parlant et parfaitement logique pour le protagoniste. On apprécie ce jusqu’au-boutisme surprenant qui parvient à prendre à revers les attentes liées au genre tout en restant cohérent. Tout le show marche donc en grande partie grâce à Ash, idiot fini qui parvient pourtant à être attachant. Soyons honnêtes, l’aura de l’acteur et la nostalgie jouent sûrement un rôle dans cette appréciation. Mais la qualité des dialogues et le tempo comique de Campbell font vraiment des merveilles. Le fan service dans la série demeure d’ailleurs bien utilisé et apparaît rarement comme un coup de coude facile au spectateur. Et pourtant, en situant son dernier acte dans un endroit bien connu des fans, Ash vs Evil Dead repose sur un équilibre fragile. Heureusement, plus que l’envie de lever les yeux au ciel, c’est bien la joie qui s’empare du spectateur. Les situations ont beau être inégales, le fun l’emporte, les exécutions gorasses et les punchlines s’enchaînant à un rythme infernal. Toutefois, la gestion de l’horreur pure est maladroite, car à aucun moment la série ne fait peur, malgré des amorces de scènes prometteuses. On pense par exemple à cet « accouchement » dans le dernier épisode, qui amène à une confrontation bien moins effrayante que prévue. Mais c’est peut être le but et la force de Ash vs Evil Dead, qui s’amuse constamment de ses possédés en les ridiculisant dès que possible et en changeant régulièrement les rapports de force. En traitant ses enjeux par le biais d’une coolitude constante, la série se crée une identité forte et se démarque des autres productions télévisuelles horrifiques.

Une deuxième saison est d’ores et déjà prévue malgré des audiences pas totalement concluantes. On espère que cette suite apportée aux aventures de Ash permettra à la série de se renouveler et d’apprendre de ses erreurs passées. Car dix épisodes c’est peu, et pourtant c’était ici déjà trop. Cela n’empêche pas Ash vs Evil Dead d’être agréable à regarder, mais les détracteurs n’hésiteront pas à dire que la bande-annonce était meilleure que la série entière. En attendant, une chose est sûre : Ash is back, et ça fait quand même plaisir.

 

Groovy !

 

Par A.Portier