Une invasion alien dans un futur proche, un acteur principal charismatique, un showrunner de renom. Il en faut parfois peu pour donner envie, et il aura suffi de ces trois ingrédients pour que votre humble serviteur se lance corps et âme dans l’aventure COLONY, nouvelle série créée par Carlton Cuse  et Ryan J. Condalet. Diffusée sur la chaîne américaine USA Network, COLONY a vu sa première saison se terminer il y a peu et sera renouvelé pour une deuxième attendue fin 2017. Malheureusement, on est pas trop pressé de voir la suite.

 

COLONY se veut a priori ambitieux : dans un futur proche, les « hôtes » ont envahi la terre, et c’est désormais sous une dictature (régentée par les hauts dirigeants humains en contact avec les fameux « hôtes ») constante que vit la population. Los Angeles est encerclé par un énorme mur d’une centaine de mètres de haut, et les habitants vivent dans la peur de se faire arrêter et envoyer à « l’usine », alors que les riches vivent sur les hauteurs et ont peu ou prou les mêmes privilèges qu’avant. Alors que Will (Josh Holloway) se rend clandestinement de l’autre côté du mur pour y retrouver son fils (enlevé lors de l’invasion), il est arrêté et contraint d’exercer son ancien travail de détective afin de trouver le leader de la résistance et le mettre hors d’état de nuire. En retour, le sénateur lui promet de retrouver son fils. On n’ira pas plus loin afin de ne pas spoiler les événements à venir (car des mystères il y a en un paquet par la suite), mais ce postulat de base permet de donner une idée de l’univers présenté en début de saison. Cependant, les amateurs de science-fiction feront vite la moue tant l’élément fantastique est en retrait, Cuse et Condalet préférant s’attarder sur le fonctionnement de ce nouvel écosystème et sur la cellule familiale. Une direction plus intimiste que prévue, qui s’avérera au final boiteuse par la suite, tant les fondations mêmes du récit semblent branlantes. Cela est dû au fait que les non-dits et autres mystère se font très nombreux, parfois pour des raisons inconnues (en pleine discussion, une info capitale est donnée sur la raison d’être des « hôtes » sur Terre, mais cela ne semble pas intéresser le personnage principal), laissant le spectateur dans le flou total. Si la formule a fait ses preuves par le passé dans de nombreuses séries (oui, même dans LOST dont votre serviteur est un immense fan), elle demande une rigueur d’écriture qui n’est malheureusement pas présente ici. C’est bien simple : pour un protagoniste intéressant (l’évolution de Alan Snyder, joué par Pater Jacoboson, est à ce titre très sympathique, bien loin du politique tyrannique montré au début, sans pour autant en faire une pleureuse) on en a deux insupportables, donc Katie (la pauvre Sarah Wayne Callies, qui hérite encore une fois d’un personnage a baffer) est la plus grande représentante.

Les épisodes s’enchaînent avec plus ou moins d’intérêt, sans grandes péripéties excitantes, tandis que la réalisation se fait discrète et sans éclat (très déçu des trois premiers réalisés par Juan José Campanella, réalisateur du superbe DANS SES YEUX). Les moyens semblent là, même si la direction artistique est très banale, mais il manque ce petit plus qui redonnerait un semblant d’intérêt à une série assez monotone dans son déroulement. Tout au plus sera-t-on réveillé par une fusillade dans un bar en milieu de saison et un cliffhanger à la fin de l’avant dernier épisode (qui aurait dû être en fin de saison). Mais les quelques pistes intéressantes et autres twists sont bien souvent accompagnés d’incohérences. Ainsi au début de l’épisode quatre, c’est un tout nouveau point de vue (littéralement à la première personne) qui est offert au spectateur. Ce qui pourrait annoncer une suite prometteuse se transforme vite en trou scénaristique (infiltrer les forces de l’ordre devient un jeu d’enfant). Heureusement le casting est globalement convaincant, et tente tant bien que mal de donner de la substance à leurs alter-egos à l’écran (dont ce bon vieux Carl Weather qu’on n’avait pas vu depuis un bail).

Josh Holloway a le charisme nécessaire pour porter une série sur ses épaules, et l’acteur dispose d’un capital sympathie indéniable, mais il doit composer avec une écriture maladroite. Qu’on se rassure, le personnage de Will est loin d’être détestable (à contrario des autres), mais les relations entre personnages sont tellement mauvaises que forcément cela déteint sur tout le monde. Pourtant l’ambition est à la fois simple et efficace : opposer deux camps et rendre le tout le moins manichéen possible. Problème : au fur et à mesure que l’intrigue avance, les incohérences se font de plus en plus nombreuses et les personnages de plus en plus idiots, ce qui est un gros problème quand on veut montrer deux idéologies s’affronter. Difficile donc de ne pas prendre parti pour le camp de Will lorsqu’on voit à quel point la résistance semble naviguer à vue sans trop se poser de questions et agit de façon irresponsable. Lors du dernier épisode un des membres de la résistance lancera un « c’est à cause de nous tout ça ? » libérateur qui sera balayé d’un revers de la main par une réplique stupide. L’histoire aura beau mettre Katie face à des faits concrets, son personnage s’obstinera à faire les mauvais choix et à faire basculer son monde dans le chaos. Ce qui pourrait être un beau personnage dramatique finit par être une aberration scénaristique sur pattes tirant constamment la série vers le bas.

On se demande alors pourquoi on signerait pour une deuxième saison étant donné les énormes tares que se coltine la première, surtout que le season final n’est pas franchement excitant et n’offre aucun cliffhanger qui pourrait suffisamment titiller notre curiosité. Un comble de la part d‘un des scénaristes de LOST. Reste plein de pistes en suspens donc, mais ça reste peu, surtout quand on ne sait pas donner envie.

 

Par A.Portier

 

*TF1 a acheté les droits pour une diffusion prochaine.