Alors que les films de super-héros se font de plus en plus nombreux au cinéma, Marvel semble déterminé à mener la bataille sur tous les supports. C’est ainsi que l’univers de la compagnie s’étend désormais à la télé via la plate-forme Netflix. DAREDEVIL a ouvert la marche, JESSICA JONES a suivi, et c’est maintenant LUKE CAGE qui vient remettre de l’ordre à New York, et plus précisément à Harlem. Au sein de ce qui est devenu un type de fiction à part entière, la figure du super-héros a malheureusement peu évolué ces dernières années, et on se prend à rêver d’un personnage qui revigorerait un genre qui en bien besoin. Malheureusement, le salut ne viendra pas de LUKE CAGE.

 

Au premier abord, LUKE CAGE a plein de qualités qui lui confèrent un capital sympathie certain. Tout d’abord l’ambiance de Harlem et sa bande-son de qualité. Ensuite une trame simple mais claire qui ne s’éparpille jamais malgré la durée parfois importante de certains épisodes. Il y a donc peu de gras dans LUKE CAGE, et il est toujours sympa de suivre une intrigue qui va droit au but sans multiplier les arcs narratifs inutiles qui ralentissent son déroulement. C’est donc avec une certaine efficacité que la série démarre. Lentement mais sûrement la trajectoire dramatique du personnage de Cage se précise, les enjeux se dessinent via une narration qui semble savoir où elle va, et tout le casting a quelque chose à amener sans faire pièce rapportée. La mi-saison est l’occasion pour le show de renverser les attentes du spectateur et de changer sa perception d’un personnage en particulier, jusqu’à un dénouement inattendu. On espère alors que LUKE CAGE va quitter son rythme de croisière assez tranquille et passer la seconde afin d’offrir une deuxième partie de saison excellente. Le problème c’est que passé le septième épisode la série sombre dans la médiocrité la plus totale. Une baisse qualitative flagrante et inquiétante dont les scénaristes sont les premiers coupables. On se retient tant bien que mal de pleurer devant toutes ces incohérences et invraisemblances impardonnables qui pullulent dans la deuxième partie de la saison, tout comme les personnages qui font n’importe quoi. En amenant un nouveau méchant (jusqu’ici au second plan), LUKE CAGE se tire une balle dans le pied et ne s’en relèvera pas. L’intention est louable et a le mérite d’amener un déroulement surprenant à mi-parcours, mais tous les plans de Diamondback sont d’une nullité effrayante et ne font que rarement sens. D’ailleurs, son sbire passe chaque épisode à remettre en question ses actions. Tous ces problèmes convergent vers un dixième épisode complètement raté à base de prise d’otages, une heure d’ennui total durant laquelle tous les personnages prendront des décisions débiles. On fait une prise d’otages et on veut faire porter le chapeau à Luke Cage ? « Oui, mais libérons une partie d’entre eux, ça n’a pas de sens mais on s’en fiche, Cage sera mort entre temps ». Dix minutes plus tard : « Mince, si untel se met à parler tout notre plan tombe à l’eau ». Tous ces défauts perdurent jusqu’à la fin et font sombrer la série dans les abysses de la pauvreté télévisuelle.

On pourrait se rabattre vers les affrontements impliquant le super-héros de Harlem, mais il n’en est rien. Non seulement les scènes d’action sont très (trop) rares, mais on en viendrait presque à les redouter tant leur exécution de ces dernières st d’une mollesse affolante. Chorégraphies peu inspirées, décors sous-exploités, mise en scène jamais excitante (la fameuse scène avec la portière est limite mieux montée dans le teaser)… La partie action de LUKE CAGE est à l’image de son héros : triste. Pour Marvel, LUKE CAGE est un super-héros qui ne veut pas en être un, qui finalement se réveille au troisième épisode pour casser quelques tronches, avant de passer le reste de la saison à se cacher (un épisode entier dans une grange, un autre dans un sous-sol, que d’aventures !) et éventuellement mettre une ou deux claques en grondant les méchants. Alors que la mort d’un personnage important était suffisante pour faire évoluer le héros loin de sa situation initiale, les scénaristes décident de prolonger cet état tout du long des treize longs épisodes qui constituent cette première saison. Autant dire que la figure du super-héros en prend un coup. Ce qui prend désormais presque une heure dans un film de nos jours (car oui, les origin stories ont la part belle à Hollywood) prend ici dix heures. Et dix heures, c’est long, très long, surtout quand la série fait monter la sauce en teasant certains éléments comme le costume du bad guy (bruit à la Iron Man à l’appui) pour au final le faire apparaître n’importe comment et avec un pauvre lycra ridicule tout droit sorti d’un mauvais cosplay. Et c’est d’autant plus décevant que les quelques rares idées du show (le rapport de Cage avec les medias et la rue par exemple) sont sabotées par une écriture qui verse dans les clins d’œil maladroits (cf le caméo de Method Man), des incohérences ou des fautes de goût difficilement pardonnables (tout le background et les motivations de Diamondback, à base de caprice d’enfant, sont ratées dans les grandes largeurs).

En refusant de présenter de nouveau personnages via une charte graphique propre, et pas seulement par le biais de son background, les producteurs et autres investigateurs du genre brident leur imaginaire et font sombrer le genre dans la banalité (à l’inverse de ce qui se fait dans les comics, avec des auteurs qui se passent régulièrement le relais). Malgré la réalisation solide (hors combat), la répétitivité des éclairages lasse vite (ambiance chaude pour extérieur nuit, froide pour intérieur), et les péripéties se révèlent vite ennuyeuses à en mourir. C’est donc sur pratiquement tous les fronts que LUKE CAGE se vautre gentiment, le plus impardonnable étant que le supposé super-héros est absent tout du long.  « Revenez l’année prochaine » qu’on nous dit. Sauf qu’à trop vouloir étirer leur introduction, les cravatés de chez Marvel ont oublié que la construction d’un héros ne se fait pas dans l’inaction et l’indifférence. À la fin, Cage lance un « parfois pour avancer il faut savoir faire un pas en arrière ». C’est précisément ce qu’il fait : un grand pas en arrière, sauf qu’il a oublié d’avancer. C’est désormais un pas de géant que LUKE CAGE doit accomplir dans sa deuxième saison. Pas sûr qu’on veuille l’accompagner dans sa marche.

 

Par A.Portier

Le soin apporté à l’ambiance de LUKE CAGE ne suffit pas, en outre, à lui conférer une identité qui lui soit propre. Malgré la tentative de Marvel de dissocier les aventures de Carl Lucas de celles de Jessica Jones ou Matt Murdock, on est visuellement très proche de ce qui a été fait précédemment. Et pour cause : le directeur de la photographie est le même que sur JESSICA JONES (tout comme sur le futur IRON FIST), autant dire qu’il ne faut pas s’attendre à une réelle différence graphique ou à une quelconque prise de risque dans les séries Marvel. Cette uniformisation (malheureusement déjà bien présente au cinéma, mais encore plus évidente ici vu les budgets réduits) tend à rendre cet univers partagé tangible (les personnages font références aux AVENGERS au détour de quelques dialogues), mais laisse un sale goût de déjà vu malgré les tentatives du studio de diversifier les aventures de chacun. Ici, c’est bien évidemment à la blaxploitation qu’il est fait référence, mais on ne peut s’empêcher de penser à chaque fois que LUKE CAGE est un spin of d’une série, qui elle-même est un spin of d’une autre série, etc. Cet entre-deux gânant dénote d’un manque flagrant de confiance dans le genre.