Petite série, grosses qualités

BANSHEE

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Impossible de ne pas regarder Banshee sans voir la déclinaison moderne des codes du western, appliqués ici dès le premier épisode. Le héros sans nom, peu bavard, arrive dans cette petite ville de Pennsylvanie et se rend dans le bar/saloon dans lequel le shérif se fera descendre lors d’un braquage qui tournera mal. On ne compte plus les règlements de comptes au bar, les duels, les attaques de convoi, les discussions autour d’un whiskey, les truands derrière les barreaux etc. Mais il serait facile de réduire cette approche à un hommage bête et méchant. Dans Banshee, les codes du western prennent à revers les attentes des spectateurs, et tordent les clichés inhérents au genre. Ainsi un duel entre le héros et un tueur se fera à mains nues et non avec des armes à feu comme annoncé : « je pourrais te tuer tout de suite si je voulais » dit Hood en montrant son arme. Ou encore cette épisode ouvrant la saison 2, dans laquelle ce sont les hommes blancs qui attaquent un convoi et volent l’argent des Amérindiens.

Loin d’utiliser les codes du western comme un simple moyen de mettre en scène des morceaux de bravoure, les scénaristes s’en servent pour créer un univers tangible, sorte de microcosme qui contient en son sein plusieurs cultures convergeant toutes vers le personnage principal. Ainsi ce ne sont pas seulement les Amérindiens qui apportent l’élément culturel à la série, mais aussi les Amish, voir même carrément la communauté noire ou néo-nazie. Ce choc des cultures (au sens propre comme au figuré) sert constamment le récit, car il amène de vrais questionnements sur les actions des personnages, tout en faisant partie intégrante de leur background. Ce traitement arrive à créer un excellent équilibre entre le divertissement pur qui anime la série et le développement des personnages. Kai Proctor, montré comme le bad guy par excellence au tout début verra son personnage évoluer à travers le prisme de la confrontation avec son père, pratiquant fanatique de la communauté Amish dont il faisait partie. Cette opposition entre un camp très conservateur et un point de vue désormais extérieur apporte un vrai plus au personnage tout en évitant le manichéisme constant dans lequel la série pourrait tomber à tout moment. 

 

Il y a donc un vrai respect dans le traitement de la culture dans Banshee qui finit par faire considérablement sortir la série des sentiers battus. 

"Nous travaillons en collaboration avec la communauté Amérindienne du sud-est pour les besoins de la série, et nous prenons cela très au sérieux. En même temps, nous essayons de rendre notre monde plus dense. Quand nous avons fait la scène des funérailles qui ouvre l’épisode 4, les Amérindiens qui ont travaillé dessus ont apprécié car c’était authentique. Nous avons un consultant Amérindien qui fait en sorte que nous rendions la pièce du conseil de la tribu crédible, et dans l’épisode 8 de la saison 1, quand le chef Benjamin Longshadow (Russel Means) meurt, nous voulions vraiment être certains que le rituel et tout ce qui l’entoure, même ce qui se passait en arrière plan, étaient authentiques. Nous avons essayé d’honorer la culture et aussi de l’accroitre pour les besoins de l’histoire." 

 

Greg Yaitanes

Je suis un gros drogué d’action. J’ai grandis avec les films d’action des 80’s - les mauvais comme les bons. J’étais là lors de la résurrection du cinéma d’action. J’estime que Die Hard et Rambo 2 ont chacun réinventé le cinéma d’action, mais avant ça j’ai été élevé avec Bruce Lee, Chuck Norris et ce genre de trucs. Et j’adore ceux qui sont de bons films, les vrais bons films d’action, et aussi ceux qui atterrissaient directement en vidéo ou sur le câble et que je regardais jusqu’à pas d’heure, ceux avec Dolph Lundgren, Jeff Speakman et Steven Seagal. Il y a de la place pour tout ça et nous rendons hommage à tous ces films, ainsi qu’aux films plus intellectuels au fur et à mesure des saisons.

 

J. Tropper

La filiation de la série avec le cinéma d’action des 80’s et des 90’s est une évidence, tant elle rappelle par bien des points les films qui ont bercé notre enfance, ceux que l’on s’empressait d’aller louer au vidéoclub du coin. La figure du héros tranche ainsi radicalement avec ce qui se fait dans le paysage cinématographique actuel. Alors que dans les blockbusters des années 2000 le héros est constamment montré comme quelqu’un de foncièrement bon malgré ses multiples traumas, Lucas Hood semble constamment sur la corde raide. A l’instar d’un Martin Riggs (Mel Gibson dans l’Arme fatale) il est une sorte d’antihéros dopé à l’adrénaline avec un comportement bordeline et imprévisible. Lucas Hood rappelle les héros des productions Joel Silver dans cette façon qu’il a de résoudre les situations par des choix parfois immoraux, des choix qui finissent par faire de lui une sorte de hors la loi (encore plus ironique dans sa position de shérif).  Et alors que son collègue Emmett lui annonce : « La Bible dit : ne répond pas au mal par le mal » Hood lui répond « ça ne me pose pas de problème », le tout d’un naturel qui fait froid dans le dos ! Il n’hésite pas à laisser Proctor torturer quelqu’un alors qu’il se trouve pourtant juste à côté, et si le personnage de Hood se révèle vite attachant, il n’en reste pas moins montré comme quelqu’un  loin d’être totalement innocent, prêt à tuer sur un coup de tête. Hood est bien un vrai et authentique antihéros qui à cause de ses mensonges n’amène que la mort autour de lui, finissant par se démener de la plupart des situations bien souvent d’une manière peu commune. En effet, si la logique veut que le héros triomphe du grand méchant par sa force ou son intelligence, Lucas Hood lui, gagne constamment à la déloyal contre ses adversaires. Que cela soit contre un champion de MMA, des tueurs à gages ou un Indien de deux mètres, ce ne seront jamais ses aptitudes de combattant (pourtant loin d’être mauvaises) qui joueront en sa faveur. Il utilisera toujours le décor à son avantage lorsqu’il sera contre plus fort que lui. Un coup de bouteille ou de couteau par surprise, un camion qui décapite son opposant, une arme à feu qu’il récupère en plein combat….Il faut le voir en début de première saison faire preuve de véritables coups bas n’hésitant pas à taper dans les parties, mordre, ou finir par déchirer la main de son adversaire (oui vous avez bien lu) dans un combat d’une violence impressionnante, le tout devant une salle comble et dans un silence de plomb ! 

Nous faisons attention à ce que personne ne soit mauvais mais aussi innocent, et cela inclus Lucas Hood.

 

J.Tropper