Petite série, grosses qualités

BANSHEE

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Si vous regardez la série vous le savez sans doute : elle n’est pas à mettre entre toutes les mains. Banshee est une série qui peut faire preuve d’une violence inouïe lors de ses combats, et qui contient de nombreuses scènes de sexe. Si de nombreuses personnes n’ont pas manqué de traiter la série de putassière à cause de cet aspect, il faut cependant remettre les choses dans leur contexte. Dans Banshee les personnages ont tous un rapport différent vis à vis du sexe. Rebecca par exemple s’en sert pour sortir de sa condition de base (à savoir faire partie du mode de vie des Amish, qui ne lui convient plus) et accéder au pouvoir. Pour Carrie le sexe est tout autant une arme (si elle arrive à garder le grand méchant de la saison 3 sous le coude c’est parce qu’il est un nymphomane allant jusqu’à forniquer sur son lieu de travail) qu’une faiblesse, car c’est ce qui la fait douter lors du retour de Hood. On est donc bien loin d’une représentation unilatérale du sexe qui ne serait là que pour garder une certaine partie de l’audimat. Au delà de l’aspect « ludique » qu’il peut y avoir dans ces scènes elle permettent surtout de connecter les personnages entre eux et de faire avancer l’histoire.

Evidemment il serait hypocrite de parler de Banshee sans parler de la partie action. Si la série mise une grosse partie de son capital sympathie sur ses personnages et sa partie dramatique, elle emporte définitivement l’adhésion dès qu’il s’agit de faire parler la poudre et les poings. Et de ce côté-là, elle se montre très généreuse ! Pratiquement chaque épisode est l’occasion pour Hood ou/et quelqu’un d’autre de casser des pifs et de répandre le sang. Et on pèse nos mots quand on vous dit que certains combats surpassent ce qui se fait au cinéma. Certains morceaux de bravoure tel les combats respectifs de l’épisode 3 des saisons 1 et 3 font preuve d’une barbarie peu commune, surtout que la mise en scène s’est améliorée au fil du temps. Le fameux combat entre Burton et Nola représente un des sommets de la série, avec cette mise en scène en faux plan séquence et une utilisation du jump cut excellente qui dynamise les échanges entre les deux adversaires.

 

C’est une véritable montée dans la tension qui vient s’opérer lors des affrontements, dont l’approche (ou les enjeux) arrive à changer constamment. 

"Nous faisons attention à ce que les combats ne semblent pas chorégraphiés et qu’ils soient prévisibles. Jonathan et moi adorons  Jack Burton dans les griffes du Mandarin, Invasion Los Angeles, True Romance, ce genre de choses. Si nous faisons un combat homme contre femme, nous allons faire le meilleur combat de femme que vous ayez jamais vu. C’est pour cela que l’épisode 8 (Saison 1) était le gros morceau. Quand Proctor et Lucas se mettent sur la tronche dans l’épisode 9, Je voulais faire comme dans Invasion Los Angeles, qui a une énorme scène de combat de 5 minutes. […] Parfois nous tentons une approche comme « quand il s’introduit dans le casino, je veux que ça soit comme un jeu vidéo. Il va éclater un gars, puis trois, et puis il ira sauver la princesse tout en haut".

 

J. Tropper

 

Si les deux premières saisons s’avéraient déjà jouissives, la saison 3 pousse cet aspect encore plus loin en transformant un épisode central en film de siège citant très clairement le Assaut de John Carpenter. Normalement conçu pour économiser de l’argent jusqu’aux épisodes plus importants en réutilisant les mêmes décors (ce sont souvent des huits clos avec peu de personnages), cet « épisode bouteille », ou « bottle épisode » en anglais, devient un climax de la saison, un épisode dans lequel certains personnages jusque là secondaires prennent de l’importance et se dévoile dans l’action, tel l’excellent Kurt Bunker. 

 

"Chaque année nous essayons de faire une version « Banshee » d’un épisode bouteille. Dans la plupart des séries, les épisodes bouteilles servent à économiser de l’argent. Nos épisodes bouteille ont tendance à couter plus cher que tous les autres épisodes. Mais nous essayons toujours de faire quelque chose d’un peu différent, et avec la saison 2 nous avions l’épisode de la licorne (épisode 5), qui était vraiment différent de tout ce que nous avions fait jusqu’à présent. Nous ne voulions pas nous répéter, et donc à la place on s’est dit « faisons cet épisode de siège pour l’épisode 5, dans lequel on pourrait avoir toutes nos histoires qui convergent au même endroit ». Et nous avons commencé la saison avec l’intention de les faire atterrir au commissariat pour ce 5e épisode, ce qui s’est révélé être aussi une excellente façon de réaliser cette saison : en dirigeant ces énergies en fonction de la façon dont l’histoire se déroulait. Et je pense que c’est devenu un des meilleurs épisodes qu’on ai jamais fait".

Mais l’évolution de la série dans l’action ne s’arrête pas là. Alors que Hollywood produit des dizaines de films en found footage (ces films tel paranormal activity ou le projet blair witch dans lesquels tout est filmé via une caméra amateur) de qualité bien souvent médiocre, l’épisode 7 de la 3e saison voit ses dernières 20 minutes se transformer en film de casse vu à travers des caméras de surveillances. Un dispositif de mise en scène qui fut choisit pour des raisons économiques et logistiques, mais qui est tenu du début à la fin (absolument tout sera vu à travers les caméras de l’équipe, même des combats à mains nues) là ou la plupart des films qui l’utilisent ne savent pas tenir ce parti pris tout du long, ou le font de façon maladroite. Une manière très ludique de trancher avec le reste de la série tout en amplifiant les enjeux et la tension de la scène. Non content de renouveler son approche de l’action, Banshee prouve que les séries en ont sous le coude et n’ont rien à envier à Hollywood quand elles veulent.

 

Cela est né de nos limitations. Même si nous sommes ambitieux, nous avons au final un budget à tenir. Je voulais avoir un épisode de départ et j’y ai vu l’opportunité de raccourcir l’emploi du temps et de faire quelque chose de très créatif. C’était le meilleur moment de ma vie. Nous avons tourné pendant 3 jours pour tout ce que vous avez vu du début à la fin de cette scène de 20 minutes,  ce qui normalement devait prendre 6 ou 7 jours. C’était juste un grand soulagement. Les acteurs étaient les narrateurs, les caméras créaient la tension. On était littéralement avec eux. Nous savons que nous devons faire ce que nous faisons bien et ne pas essayer d’être ce que nous ne sommes pas. Vous avez vu des millions de cambriolages […] mais vous n’en avez jamais vu des comme celui-là. C’est là où nous laissons notre marque. Donc je suis très fier de cet épisode.

 

Greg Yaitanes.