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Faire ses adieux à une série qu’on apprécie n’est jamais facile, surtout quand cette dernière s’appelle BANSHEE. Après trois saisons qui avaient fourni leur quota de personnages hauts en couleurs et de bourre-pifs en tout genre, ce dernier chapitre des aventures de Lucas Hood était attendu au tournant. Cet ultime saison était en effet l’occasion de terminer la série en beauté malgré un budget moins important que par le passé : huit épisodes en lieu et place des dix habituels, une délocalisation du tournage en Pennsylvanie… Des coupes budgétaires sont passées par là, principalement à cause d’audiences pas suffisantes pour élever BANSHEE au rang des séries très rentables. One last ride, un feu d’artifice pour dire au revoir à BANSHEE et tous ses personnages. Sur le papier en tout cas. Car à l’écran c’est malheureusement une autre histoire.

La troisième saison avait opéré un léger changement de ton. Plus dramatique, elle n’en oubliait pas pour autant de livrer de nombreux morceaux de bravoure parfois condensés en un seul épisode (l’épisode trois, probablement le meilleur de la série). C’était également l’occasion d’essayer de nouvelles approches, d’expérimenter des procédés visuels jusqu’ici inédits. L’action représentait donc toujours une partie très importante de BANSHEE. Cette quatrième saison bouleverse la donne. L’histoire fait ainsi un bond en avant de un an et demi. Hood s’est retiré de ses fonctions et vit désormais tel un ermite au fin fond de la forêt, Brock est passé shérif de Banshee (qui a droit à un commissariat tout neuf), Proctor est devenu maire, un personnage important est mort, Carrie a perdu la garde de son enfant et s’est mis en quête de se venger de Proctor en jouant au vigilante… De l’eau a coulé sous les ponts depuis notre dernier contact avec la bande. Le procédé, intéressant en ce qu’il permet de développer les personnages sous un tout nouvel angle et de changer les rapports de force, pose cependant problème quand dans le même temps certains arcs n’ont pas avancé d’un pouce. On pense à celui de Bunker, qui n’a pas bougé d’un iota alors que les actes impliqués étaient d’une gravité importante. Les personnages ont toujours été au centre de BANSHEE, et c’est pour cette raison que l’action et les enjeux fonctionnaient, quand bien même le tout était placé sous le signe du divertissement, équilibrant le côté sérieux de l’entreprise. Sauf que cette fois-ci la balance penche d’un côté plus que de l’autre, et pas pour le meilleur.

 

L’action se fait rare, très rare, et on vient sérieusement à s’inquiéter du chemin que Jonathan Tropper et ses scénaristes ont pris. Une des principales qualités de BANSHEE était de faire avancer certains arcs de façon abrupte (celui du fils de Hood) ou en mettant des personnages jusqu’ici secondaires au premier plan en leur conférant une trajectoire dramatique inattendue (Emmet en deuxième saison par exemple). Le problème, c’est que cette dernière saison ne possède aucune de ces qualités. Résultat : une trame qui met un temps fou à démarrer. Tout le monde tire la tronche, l’enquête fait du surplace, Job passe la moitié de la saison cloué au lit à souffrir de son trauma, et de nombreuses résolutions laissent clairement à désirer (tout ce qui tourne autour de l’enlèvement de Job et son sauvetage est complètement raté). L’histoire aurait pu être intéressante pourtant. Passé les premiers épisodes, les scénaristes éventent l’éventualité d’un twist sur l’identité du tueur et s’orientent vers quelque chose de plus classique, avant de terminer sur un rebondissement inattendu et pourtant diablement cohérent. Entre temps, il faut malheureusement s’occuper avec un ersatz de Dragon Rouge pas original pour un sou malgré une ou deux idées bienvenues, et dont la confrontation avec Hood s’avérera très décevante. BANSHEE proposait à chaque fois de nouveaux venus tout droit sortis d’une page de comic book et au traitement à la hauteur des espérances. C’est loin d’être le cas cette année. Une adjointe du shérif adepte du MMA est ainsi transparente et disparaît au moment où elle promettait beaucoup. Seul le personnage de Eliza Dushku parvient à tirer la série de sa torpeur par son côté décontracté. C’est bien peu compte tenu de ce qui avait été offert par le passé.

"La saison 3 a été la saison d’action ultime, donc je ne voulais pas passer toute la saison 4 à essayer de la surpasser. La quatrième parlait plus de moments difficiles et violents et des personnages. […] Donc je pense que la saison 4 est une saison plus tendue, plus portée sur le suspense et sur les personnages. Nous avions un budget limité. Si nous avions fait dix épisodes avec ce budget, nous n’aurions pas pu donner aux épisodes la même richesse que celle à laquelle nous étions habitués. Donc nous avons décidé d’en faire huit et de les rendre vraiment complexes."

 

J.Tropper

 

La réalisation a également fait un grand bond qualitatif en arrière, les rares scènes d’action étant au pire oubliables ou décevantes. La série va même jusqu’à balancer un combat incluant Burton et une dizaine de skinheads hors champ, alors que le spectateur attend depuis six épisodes que les corps se brisent. On imagine que le budget bien inférieur a dû jouer dans cette décision, mais venant d’une série qui avait jusqu’à présent su mettre en boite de sacrés combats en peu de temps avec beaucoup de débrouille c’est tout bonnement incompréhensible et difficilement pardonnable. Tout au plus sauvera-t-on un dernier combat avec Bunker pas désagréable qui rappelle celui de Burton/Nola, mais aucun (très rares, on le redit) mano a mano incluant Hood ne tiendra ses promesses, jusqu’à un dernier épisode d’une tristesse absolue à ce niveau.

L’absence de Greg Yaitanes derrière la caméra cette année se fait ainsi cruellement sentir, d’autant plus que la photographie revient aux teintes très ternes des deux premières saisons, appuyant encore plus ce sentiment de dépression qui ne sied pas trop à BANSHEE. En faisant fi du côté pulp qui animait la série jusqu’à présent et en se concentrant sur l’aspect dramatique jusqu’au point de non retour, les scénaristes font disparaître l’esprit BANSHEE. Comment ne pas être déçus devant la storyline des skinheads, bien trop mise de côté et bâclée (Calvin met six épisodes à péter un câble et tout le background concernant la confrérie est sous-exploité), alors qu’elle représente parfaitement la série et est prometteuse sur le papier ? Comment ne pas être déçus quand on voit que certains personnages ne font plus que de la figuration (Sugar), ou que d’autres n’ont pas le traitement espéré (Job, Burton) ? Certains ressortent grandis de l’expérience, tel Bunker qui prend une importance considérable, mais le fait est que le nombre de sous-intrigues à résoudre dans cette saison est bien trop important compte tenu de sa courte durée, et perdre la moitié de la saison sur une banale histoire de serial killer est une erreur qui n’était pas à faire. C’était bien la peine de virer tout le côté choc des cultures avec les indiens (qui ont disparus) et les amish (qui font deux apparitions) qui apportait un background intéressant.

 

On quitte donc BANSHEE les larmes aux yeux devant tant de gâchis et de promesses non tenues, et ce malgré un épilogue touchant qui parvient à faire vibrer la fibre nostalgique du fan et à nous faire dire que oui, malgré cette conclusion bancale, la série laissera un excellent souvenir.

 

Adieu BANSHEE, ce fut quand même un grand plaisir.

 

Par A.Portier

 

PS : on attend donc maintenant la prochaine série de Johnatan Tropper intitulée WARRIOR qui se déroulera en pleine guerre des gangs dans le Chinatown de 1870 avec Justin Lin à la réalisation.