Stéphane Convert
Assistant de rédaction
UN FILM DE GEORGE MILLER
Avec : Tom Hardy, Charlize Theron, Zoé Kravitz...
Durée : 2h00
Nationalité : Australienne, Américaine

 MAD

 MAX

 FURY ROAD

 

TOPS 2015

1 – Mad max Fury Road de George Miller

Film d'action expérimental et jusqu'au-boutiste avec des gros morceaux de génie dedans, Fury Road est une vraie proposition de cinéma comme on en voit plus dans le cadre d'un blockbuster à 150 patates. Respect total à George Miller : à 70 ans réaliser un truc aussi furieux (et totalement contemporain, la mise en scène du monsieur ne cessant d'évoluer) avec à la base un tournage aussi hors norme, 450 heures de rush, 1 an de montage avec sa femme et au final faire la leçon à tous les petits jeunes, ben chapeau bas.
Aucune introduction à cet univers de fou (qui a évidemment encore évolué depuis le Dôme du Tonnerre), aucune explication superflue, aucun dialogue redondant, aucune traduction de l'argot du futur. Résultat : la première heure s'apparente à une plongée en apnée carrément grisante, et par la suite tous les personnages seront caractérisés dans l'action et presque uniquement par l'image (voir le traitement du trauma du héros).
Le film s'apparente donc à une longue poursuite aller-retour menée tambour battant (dans tous les sens du terme), une espèce d'orgie d'action au stade terminal soutenue par une direction artistique extrêmement méticuleuse (on sent l'attention portée à chaque détail, d'où une impression de cohérence et le sentiment que l'univers dépeint dépasse largement le cadre de l'histoire qui nous est racontée) et une photo à tomber, doublée d'un déluge de cascades absolument hallucinantes (pas vu ça depuis... pfff... jamais en fait). Miller s'éclate, tente foultitudes de choses, varie ses effets, opère des changements de rythme étonnants... C'est la folie.
Niveau interprétation pas grand chose à redire, Charlize dans le rôle de la protagoniste principale est totalement convaincante et crève littéralement l'écran tandis que Tom Hardy incarne de manière étonnante un héros en retrait, un mythe fragile (on le sent totalement en décalage, limite autiste) qui devient narrateur et spectateur avant d'embrasser pleinement la cause de Furiosa.

 

LE nouveau standard du cinéma d’action pour les 10 ans à venir, pas moins.

THE HOBBIT

La bataille des cinq armées

(version longue)

TOPS 2015

UN FILM DE PETER JACKSON
Avec : Martin Freeman, Richard Armitage, Evangeline Lilly...
Durée : 2h43
Nationalité : Américaine, Néo-zélandaise

2 – LA BATAILLE DES CINQ ARMEES – VERSION LONGUE de Peter Jackson

Voilà, c'est fini. Jackson a enfin bouclé sa nouvelle trilogie en Terre du Milieu avec cette fantastique version longue et, comme prévu, a provoqué autant d'orgasmes visuels chez certains (au premier rang desquels votre serviteur, bien sûr) que de grincements de dents chez d'autres. Ce qui pourrait paraître étonnant de prime abord c'est que les critiques les plus dures envers LE HOBBIT (les trois confondus) viennent parfois de fans hardcore des trois premiers films. Et pourtant à bien y réfléchir ces réactions n'ont rien d'inattendu, en partie à cause de l'attente immense suscitée par le projet après le succès monumental du SEIGNEUR DES ANNEAUX, mais aussi et surtout parce que le PJ d'aujourd'hui n'est plus celui d'il y a 10 ans.
Quand Peter Jackson réalise LA COMMUNAUTE DE L'ANNEAU il a sur les épaules une pression monumentale : on lui file un énorme paquet de fric pour mettre en scène trois films de trois heures dans un univers totalement fictif, les sorties de ces trois films sont séparées d'un an, si bien que si le public ne mord pas à l'hameçon dès le premier film c'est la catastrophe industrielle assurée. Jackson se doit donc d'aller dans le sens du poil du spectateur et de lui faire croire immédiatement à son univers, de lui rendre familier et de limiter autant que faire se peut sa suspension d'incrédulité, d'où des partis-pris allant dans le sens d'un certain "réalisme" (décors en dur, esthétique médiévale la plus proche possible de l'imaginaire collectif). 10 ans après le triomphe public et critique du RETOUR DU ROI (11 Oscars !) la problématique n'est plus du tout la même. Entre temps Jackson est devenu l'un des metteurs en scène les plus puissants en activité et peut pour ainsi dire tout se permettre. Libéré de toute contrainte extérieure, seul maître à bord, le néo-zélandais se retrouve dans la même position que le Sam Raimi de SPIDER-MAN 2 qui n'a plus besoin de mettre de l'eau dans son vin et peut donner libre cours à ses délires. On ne s'étonne donc pas de reconnaître dans LE HOBBIT le metteur en scène barré de FANTOMES CONTRE FANTOMES ou le concepteur des séquences d'action totalement dingues de KING KONG : le mec fait exactement ce qu'il adore faire, à savoir pousser tous les potards dans le rouge.
On a donc, dans LA BATAILLE DES CINQ ARMEES, pèle-mêle : un déluge d'action quasi non-stop, qui fait fi de toute mesure ; des héros surhumains qui accomplissent les exploits les plus fous, aidés en cela par les possibilités infinies du numérique ; une scénographie extrême qui joue sur quatre ou cinq niveaux de verticalité différents (le final qui fait la part belle à Legolas est digne de celui de SPIDER-MAN 3 à ce niveau-là) ; des monstres de partout, tous plus beaux les uns que les autres ; un sens du mélodrame et de l'emphase omniprésent ; un recours systématique à l'expressionnisme et à l'hyperbole ; une utilisation de la 3D qui offre une profondeur de champ ahurissante (l'attaque de Lacville au début du film, dans des conditions de projections optimales, est une des choses les plus impressionnantes que l’on ait pu voir en salle)...

PJ pousse le bouchon toujours plus loin, d’autant plus dans la version longue du film qui confirme que le cut vu en salle n’était que la version tronquée d’un chef d’œuvre. Avec le perfectionnisme et la générosité qu’on lui connaît, Jackson gratifie les fans de scènes supplémentaires démentielles, à l’image de cette course folle en char des nains, à la fois immersive, gore et incroyablement spectaculaire.

 

Résultat : une orgie totale, un bonheur filmique rare, un festin à s'en faire péter le bide.

KINGSMAN

TOPS 2015

UN FILM DE MATTHEW VAUGHN
Avec : Colin Firth, Samuel L. Jackson, Taron Egerton...
Durée : 2h09
Nationalité : Britannique

3 – KINGSMAN de Matthew Vaughn

Matthew Vaughn est donc devenu, à l'instar de son compatriote Edgar Wright, un fabriquant de bonheur.
Pas la peine de décortiquer le film en long en large et en travers : KINGSMAN est un concentré de pur plaisir qui enchaîne les passages jouissifs avec une virtuosité qui en fait probablement le meilleur film de son réal. Le casting est parfait (Firth tout en flegme, Taron Egerton en gentil lascar, Caine en vieux boss, Strong en simili-Q plus musclé, Jackson qui cabotine joyeusement en zozotant), on ne s’ennuie pas une demi-second, on se marre à intervalles réguliers, y a même un poil d'émotion sincère quand il faut... D'ailleurs si le film est référentiel, à aucun moment on ne tombe dans la pantalonnade gonzo ou le fan service débile, tout est à sa place et on rit toujours avec les personnages et jamais contre eux (comme chez Wright, donc).
Mais KINGSMAN est avant tout un vrai film d’action, et de l'action non seulement y en et pas qu'un peu mais en plus elle déchire. Les chorégraphies de l'excellent Brad Allan sont superbement mises en valeur par Vaughn qui enchaîne les trouvailles, entre choix des cadres pour intensifier les impacts et plans-séquences de folie (d'ailleurs globalement y a une idée de mise en scène par plan dans ce film) et les acteurs donnent vraiment d'eux-mêmes (s'ils sont doublés ça se voit pas). Et, comme dans toute bonne collab' de Millar, c'est violent, ça tâche la moquette et y a un peu de sexe. Dernier bon point, s'il ne se renouvèle pas Henry Jackman fait bien le boulot à la zic, avec un score encore une fois à la fois fun, épique et émouvant.

Voilà une nouvelle preuve après KICK-ASS que post-modernisme ne rime pas nécessairement avec cynisme et que Matthew Vaughn mérite bien de sortir avec Claudia Schiffer même si elle serait plus heureuse avec moi.

MISSION: IMPOSSIBLE

ROGUE NATION​

TOPS 2015

UN FILM DE CHRISTOPHER MCQUARRIE
Avec : Tom Cruise, Jeremy Renner, Simon Pegg...
Durée : 2h12
Nationalité : Américaine

4 – MISSION IMPOSSIBLE : ROGUE NATION de Christopher McQuarrie

A la question : "c'est qui le plus fort, l'hippopotame ou l'éléphant ?" j'ai envie de répondre Tom Cruise.
Tom Cruise, le sauveur du blockbuster des années 2010, le mec qui parvient tant bien que mal à faire surnager l'entertainment ricain au-dessus des mornes plaines de la médiocrité, Tom, mon copain, que j'aime fort d'amour.
Ainsi donc, à la longue liste de ses choix de carrière couillus et de ses décisions clairvoyantes on pourra ajouter le repêchage de McQuarrie en tant que metteur en scène, lui qui n'avait rien réalisé depuis WAY OF THE GUN et qui est revenu pour le plaisir des petits et des grands avec le super JACK REACHER, avant de se retrouver en toute logique à la barre de cet excellent MI5 (boom shakalaka).
MI5 donc, c'est, au même titre que le précédent (si t'es pas d'accord t'as tort) ce que l'actioner moderne a de mieux à offrir : du fight, du fun, du suspense, de la joie, du rythme, de l'amour, et bien sûr le torse musclé de Tom Cruise. Une espèce d'alchimie qui fait que tu ressors de là tout excité, avec l'envie de te battre contre cinq types dans la rue avant de faire l'amour à ta copine. La différence avec le Bird se situe moins dans la tonalité (même si c'est pas la poilade permanente ça reste léger) que dans l'exécution, avec une prédilection pour les moments de tension (la scène de l'opéra, le final), pour un résultat tout aussi brillant. McQuarrie se révèle une nouvelle fois aussi à l'aise derrière la caméra qu'à l'écriture (y a une pelleté de plans bien classes, mention spéciale à la scène en apnée) et bien sûr la grosse plus-value des séquences d'action c'est comme d'habitude l'implication physique de la star.
A l'heure où dans la majeure partie des blocks le recours au numérique se systématise pour garantir la sécurité des acteurs et éviter à Scarlett Johanson de devoir apprendre à se battre ou à courir trop longtemps, notre ami Tommy, qui comprend mieux que personne comment apporter au public ce dont il a besoin, ré-introduit une grosse dose de réel dans ta face en allant toujours plus loin dans l'exécution des cascades. Et bon sang on aura beau dire mais ça fait son petit effet de le voir frôler le bitume à moto ou s'envoler pour de vrai accroché à un avion. Trop coooool. Résultat : 2 heures de pur plaisir durant lesquelles tu regardes jamais ta montre, sauf pour checker depuis combien de temps Tom retient son souffle sous l'eau.

Moralité : MI5 c'est le film qui sauve ton été ciné 2015 !