Stéphane Convert
Assistant de rédaction
UN FILM DE LANA & ANDY WACHOWSKY
Avec : Channing Tatum, Mila Kunis, Sean Beean...
Durée : 2h07
Nationalité : Américaine

 JUPITER

 ASCENDING

TOPS 2015

5 – JUPITER ASCENDING des Wachowskis

Un film dont votre serviteur est ressorti avec des étoiles plein les yeux mais aussi avec une petite boule au ventre devant la salle au deux tiers vide.
Sans partir dans une grande tirade analytique, on rappellera toutefois que tous les thèmes et toutes les figures propres aux Wachos sont là, dans une synthèse SF originale et complètement baroque : la figure de l'élu qui s'ignore et va se révéler à lui-même (elle-même en l'occurrence) et l'humanité manipulée par une oligarchie supérieure (MATRIX), la famille foldingue (SPEED RACER), le karma et la réincarnation (CLOUD ATLAS) et évidemment, au centre de tout, l'amour, qui tant qu'à faire heurte les bonnes moeurs (BOUND mais aussi CLOUD ATLAS). Tout ces éléments ont pour fil conducteur une histoire proche des contes de fées avec des personnages hauts en couleurs, qu'ils soient sur le devant de la scène (une princesse qui lave les toilettes, un ange déchu mi-homme mi-loup) ou plus secondaires (on croise des hommes-lézards, un homme-rat et même un homme-éléphant).
Il suffit d'énumérer tous ces éléments pour se rendre compte du côté casse-gueule de l'entreprise. Mais c'est encore plus flagrant une fois la projection commencée : les réalisateurs nous balancent dans leur monde sans préliminaire, entre burlesque familial, dialogues sur une autre planète et petits gris qui sortent d'une salle de gynéco. Face à un truc aussi barré le spectateur est un peu dans la même position que l'héroïne et se pose la question suivante : "Mais qu'est-ce que tu me racontes là ?" (cf ARNOLD ET WILLY)... Et là les Wachos te balancent dans la tronche la scène de poursuite la plus dingue vue depuis des lustres, te faisant valdinguer entre les buildings de Chicago au soleil levant, le tout sublimé par une 3D qui tue et des SFX irréprochables, et là tu te dis : "OK, d'accord, en avant la folie". A partir de là les sceptiques sont déjà loin mais les vrais (ceux qui savent) sont à fond dedans, emporté par un tourbillon sensoriel, entre décors mélangeant baroque et hard SF (un peu à la manière des CHRONIQUES DE RIDDICK parfois), hybrides improbables, élans romantiques et figure récurrente du saut dans le vide (c'te profondeur de champ de ouf')...
Alors bien sûr on sait que la production a été compliquée, que le montage en souffre un peu (un univers aussi vaste aurait sans doute mérité un quart d'heure de plus, certaines ellipses sont brutales, la scène explicative sur la planète abandonnée du début pue le re-shot imposé par la prod’)... Pour autant impossible de bouder son plaisir devant les assauts répétés du chevalier servant (impressionnant Channing Tatum) volant au secours de sa bien-aimée avec en fond le score monstrueusement beau et épique de Giacchino.

 

Au final on espère que ce nouveau film incompris des Wachowskis aura droit un jour, à l’instar du monstrueux SPEED RACER, à la réhabilitation qu’il mérite.

LE PONT

DES ESPIONS

UN FILM DE STEVEN SPIELBERG
Avec : Tom Hanks, Mark Rylance, Scott Shepherd...
Durée : 2h12
Nationalité : Américaine

TOPS 2015

6 – LE PONT DES ESPIONS de Steven Spielberg

Voici donc une nouvelle preuve, après l'éclatante réussite du LOUP DE WALL STREET, que certains réalisateurs sont décidément irremplaçables et que la relève se faire méchamment attendre. LE PONT DES ESPIONS est une véritable leçon de cinéma, pour ne pas dire une leçon de vie, livrée avec toute la générosité qu'on lui connaît par un maître non seulement en pleine possession de ses moyens mais aussi porteur, l'âge avançant, d'une certaine forme de sagesse.
LE PONT DES ESPIONS, cela est dit et répété dans le film, est l'histoire (vraie) d'un "homme debout", qui ne transige pas avec ses principes. En cela le dernier Spielberg, malgré son évidente sobriété (aucun effet n'est appuyé, à l'image de la douceur du score de Thomas Newman) se révèle plus d'une fois profondément émouvant. C'est aussi une peinture acide et drôle (bravo aux Coen) de ces négociations de l'ombre entre un simple citoyen et ces hauts fonctionnaires, en permanence dans le jeu de rôle et la dissimulation mais qui ne savent pas qu'ils ont plus malin en face d'eux. Mais si LE PONT DES ESPIONS est un film "d'époque" qui, en quelques images saisissantes, saisit puissamment l'essence de la Guerre Froide, c'est aussi et surtout par la force de la mise en scène et l'accent mis sur certains dialogues un film qui parle de l'Amérique, voire du monde d'aujourd'hui.
Car Spielberg nous parle ici de la peur. La peur de ces enfants, gavés d'images de guerre et de consignes de sécurité (de celles qui s'affichent partout en ce moment). La peur qui semble régir notre monde face à cette "guerre de civilisations" (le terme est employé tel quel dans le film). La peur qu'il faut néanmoins dépasser pour éviter justement au monde de basculer dans la guerre, parce que cette peur, au final... à quoi sert-elle ? "Would it help ?" comme le répète par trois fois Abel... Spielberg n'a pas besoin de longs discours ou d'effets appuyés pour surligner ses thématiques, tout est posé, là, de manière évidente : de la plaidoirie de Donovan affirmant face à la Cour Suprême la nécessité de ne pas trahir ses principes face à l'ennemi, jusqu'au plan final d'une intelligence et d'une simplicité désarmante dans le parallèle qu'il dresse, en passant par cette séance d'interrogatoire qui évoque étrangement Guantanamo, le réalisateur n'a recours qu'au montage et à la précision de ses cadres pour faire passer son message. C'est en cela que le film est une leçon, à tous les niveaux.
Steven Spielberg est donc plus que jamais, malgré la noirceur qui imprègne profondément son cinéma depuis quelques années, ce cinéaste de la "main tendue" comme le soulignait très justement Yannick Dahan il y a peu. Un maître qui, tout en étant pas dupe des forces obscures à l'oeuvre dans notre monde, continue de penser que cet humanisme qu'il a toujours mis en avant est plus que jamais nécessaire.

 

Et, rien que pour ça, il demeure un cinéaste précieux.

hacker

UN FILM DE MICHAEL MANN
Avec : Chris Hemsworth, Tang Wei, Leehom Wang...
Durée : 2h13
Nationalité : Américaine

TOPS 2015

7 – HACKER de Michael Mann

On le pressentait et c'est vrai : le dernier Mann est bien le petit frère de MIAMI VICE. BLACKHAT c'est du 100% pur Michael Mann, toujours aussi stylisé (sinon plus), toujours aussi romantique, avec un soin maniaque apporté à chaque détail (on sent que le mec a vraiment bossé sur les dernières techniques de hacking)... Seulement voilà, comme pour MIAMI VICE il faut se laisser porter par un trip sensoriel, accepter qu'aucun coup de feu n'éclate avant au moins une heure, se contenter des quelques phrases échangées par le couple au centre du film pour se concentrer sur les regards échangées, et puis surtout, surtout, accepter qu'il est ici question de traque technologique et passer outre un jargon que le réalisateur ne perd pas de temps à expliquer de manière laborieuse.
BLACKHAT est un film exigeant, certes, mais ceux qui rentreront dedans seront grandement récompensés. D'abord parce que la maîtrise formelle du réalisateur y est totale : personne ne filme une ville la nuit comme Mann, définitivement ; les fusillades, même lorsqu'elles sont brèves, sont tétanisantes ; les partis-pris subjectivistes et ultra-sensitifs (beaucoup d'extrêmes gros plans, beaucoup de caméra portée) sont plus que jamais tenus pour un rendu toujours plus personnel... Ensuite parce que (et c'était encore une fois le cas dans MIAMI VICE) si à première vue le film peut sembler froid à cause du caractère mutique des personnages (hormis pour tout ce qui touche à l'enquête, les états d'âmes se résument à quelques phrases essentielles), dans le dernier tiers il décolle véritablement d'un point de vue émotionnel.
Maintenant voilà, si l'on accepte pas certains partis-pris typiquement manniens (le héros comme incarnation ultime du mâle alpha, fût-il expert en informatique, le script qui ne s'étend pas en explications superflues, la violence explosive mais rare), ici poussés à leur paroxysme, mieux vaut passer son chemin.

 

Si, en revanche, on place MIAMI VICE dans son top 3 du réal, il fallait voir ce film sur grand écran en 2015.

À LA POURSUITE

DE DEMAIN

TOPS 2015

UN FILM DE BRAD BIRD
Avec : George Clooney, Hugh Laurie, Britt Robertson...
Durée : 2h10
Nationalité : Américaine

8 – À la poursuite de demain de Brad Bird

Continuons donc ici à réhabiliter les grands films ayant fait un four au boxo cette année avec le dernier Brad Bird, trip familial à la fois enchanteur et terriblement lucide sur l’époque que nous traversons.

On retrouve dans TOMORROWLAND tout ce qui fait la patte du réalisateur du GEANT DE FER et des INDESTRUCTIBLES, à savoir un sens du tempo comique inné directement tiré du cartoon, cette faculté d’injecter dans son film une idée fraîche à la minute et cette faculté de transmettre au spectateur son irrésistible enthousiasme. Car au-delà des innombrables qualités formelles et narratives du film, ce qui fait du dernier Bird un film à part en 2015 c’est cette croyance indéfectible dans un avenir potentiellement meilleur, quand bien même le monde entier semble vous dire que tout est foutu.

 

Rien que pour ça, TOMORROWLAND est le film que tout parent se DOIT de montrer à ses enfants.

 

PS : Encore un score de fou furieux de Michael Giacchino.