Stéphane Convert
Assistant de rédaction
UN FILM DE GREG MCCLEAN
Avec : John Jarratt, Ryan Corr, Annie Byron...
Durée : 1h42
Nationalité : Australienne

WOLF

CREEK

2

TOPS 2015

9 – WOLF CREEK 2 de Greg McLean

McLean c'est un bon on le sait. Après un super WOLF CREEK et un non moins super ROGUE aka SOLITAIRE aka EAUX TROUBLES aka LE MAYCHANT CROCRODILE on se doutait bien qu'il allait pas nous pondre une simple suite opportuniste à son survival wallaby. Oh que non.
Pour résumer de manière simple : WOLF CREEK 2 est à WOLF CREEK ce que JEEPERS CREEPERS 2 est à JEEPERS CREEPERS, à savoir la séquelle bourrée d'action et de surprises d'un premier film malsain, dans laquelle le réal' fait cette fois du croquemitaine le véritable "héros" de son métrage. Dès la première scène on comprend que Mick, sale plouc raciste, homophobe, sadique, moche et puant sera la star de WOLF CREEK 2. McLean l'iconise à mort et lui donne toutes les meilleures répliques, reprenant en toute logique le retournement de point de vue final du premier film. C'est à la fois déstabilisant et totalement jouissif.
Du coup cette suite absolument parfaite devient, malgré la surenchère en matière de violence et de sadisme (eh ouais ça va loin les gars) carrément ludique à suivre, le mérite en revenant aussi à un script sacrément malin, ce qui n'est pas peu dire. Car ouais les amis, j'en ai vu des survivals/slashers/films de boogeymen, et c'est pas tous les jours que je peux dire que l'un d'entre eux m'a réellement surpris. Ben c'est le cas. McLean est un tueur : il sait ce à quoi tu t'attends, il connaît les conventions du genre et il arrive, ce qui est très rare, à les contourner sans tomber dans le méta-discours cynique à la con mais toujours en gardant un oeil sur la crédibilité de ses situations. Sans dévoiler les petites surprises qui parsèment le métrage, on précisera simplement que celles-ci touchent surtout à la structure hyper-codifiée du genre survival qu'elles malmènent quelque peu, pour notre plus grand plaisir.
Que dire de plus pour vous convaincre ? Que c'est violent, qu'on s'emmerde jamais, que c'est à la fois glauque et fun ? Voilà qu'est chose faite.

 

Peut-être ajouter simplement que WOLF CREEK 2 ne marche jamais sur les plate-bandes du premier film et en est le parfait complément, ce qui, n'en déplaisent à ceux qui n'aiment pas varier les plaisirs, est ce que l'on attend vraiment d'une bonne suite.

AMERICAN SNIPER

UN FILM DE CLINT EASTWOOD
Avec : Bradley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimes...
Durée : 2h12
Nationalité : Américaine

TOPS 2015

10 – AMERICAN SNIPER de Cint Eastwood

Il n'est point question de charcutier breton dans le dernier Eastwood (y a un indice dans le titre).
Voilà donc un film qui semble à première vue épouser totalement le point de vue de son héros, bon gros Texan élevé au grain, sans peur (ou presque) ni remord, patriote sans réserve et parfaite arme de guerre. Il faudra néanmoins a priori plusieurs visions pour saisir le réel point de vue du réalisateur car, comme c'est toujours le cas chez le grand Clint, la sobriété apparente de la mise en scène cache en réalité une réelle subtilité.
C'est bien fait, prenant, Cooper est parfait, on s'emmerde jamais, du bon taf. Evidemment, n’en déplaise aux pères-la-morale, c'est un film ricain, conçu à partir du seul point de vue ricain sur la base des mémoires d'un ricain, donc il est tout bonnement inutile de lui demander d'être autre chose que ce qu'il est, un film de soldat, un vrai, qui parle du conflit et de ses conséquences sur un homme, légende malgré lui et en même temps simple homme au foyer. La seule petite réserve que l’on puisse émettre porte sur le traitement du conflit en lui-même, dont la cohérence est sacrifiée sur l'autel de l'efficacité scénaristique (pour les besoin de l'invention du grand rival de Kyle, les scénaristes ont mélangé chiites et sunnites dans le conflit, ce qui n’est pas gênant à la vision du film mais pour une guerre aussi proche n'est pas génial sur le plan pédagogique).

Un biopic terriblement efficace (une gageure en soi) qui mérite plusieurs visionnages.

LE RÉVEIL DE LA FORCE

STAR

WARS

DÉCEPTIONS 2015

UN FILM DE J.J ABRAMS
Avec : Daisy Ridley, John Boyega, Harrison Ford...
Durée : 2h16
Nationalité : Américaine

1 - Star Wars Le réveil de la force de J.J Abrams (sans spoilers)

Comment redonner vie à un mythe 35 ans plus tard ? MAD MAX FURY ROAD. Premier plan, caméra au raz du sol. Miller filme Max de dos, le visage masqué. Un lézard s'approche de lui, il le tue et le gobe, avant de rentrer dans son véhicule et de filer à toute berzingue, poursuivi par une horde de sauvages. Le personnage est icônisé, caractérisé par l'image, défini par son mode de (sur)vie à travers un parti-pris de mise en scène. STAR WARS VII. Plan moyen. Han Solo (qui passait justement par là) ouvre une porte et sort : « Coucou me revoilou ! » (ou un truc du genre). Les fans l'attendaient depuis des décennies : il revient dans « Au Théâtre ce soir ». LE REVEIL DE LA FORCE c'est ça : donner aux fans ce qu'ils attendent, mais n'importe comment, et surtout sans talent.

Avec un fanboy comme Abrams aux manettes et Disney au tiroir-caisse, on s'attendait évidemment au fan-service à gogo et à la prise de risque proche du néant. Ce que l'on avait pas anticipé, c'est ce ratage quasi-total, entre un scénario aberrant malgré le retour historique de Lawrence Kasdan (des personnages emblématiques entrent en scène n'importe comment, chaque idée d'UN NOUVEL ESPOIR est reprise de manière complètement idiote) et une mise en scène du papa de LOST dépourvu d'idée, qui n'exploite jamais son cadre, ne met jamais en valeur ses icônes (le premier plan sur le Faucon Millenium claque moins que celui sur l'Enterprise dans STAR TREK, un comble !) et, globalement, recycle à vide ce que tout le monde a déjà vu mais en mieux. Finie l’Étoile Noire, place au Starkiller (le même mais en plus gros), bye bye Tatooine, bonjour Jakku (même environnement désertique), etc, etc... Si l'on aurait pu, à la limite, accepter l'absence totale de surprise, on ne peut tolérer (pour peut que l'on porte un minimum d'affection à l'univers original créé par Lucas) cette manière débile d'introduire La Force (l'apprentissage ? Pour quoi faire ?), ces deus ex-machina gros comme une maison, cette République évoqué et expédiée aussi sec de la pire des manière, ces retrouvailles embarrassantes entre Han et Leïa (la pauvre)...

Alors certes, au milieu de ce fatras surnagent quelques moments sympas (la poursuite du Faucon sur Jakku), une poignée de jolis plans (tous vus dans les trailers), quelques gags qui font mouche et, heureusement, un score de John Williams qui remonte un peu le niveau (même si le compositeur génial nous a habitué à mieux)... Malheureusement cela ne suffit pas à racheter à nos yeux ce film globalement mal écrit, mal rythmé, platement réalisé, et qui espère retrouver l'essence de la saga alors qu'il n'en reprend que les figures imposées de manière ultra-superficielle.

 

Au final ce qui fait le plus mal c'est de constater que, tandis que les tentatives de création d'univers original sont ignorées voire sacrifiées par les studios, ce qui s'apparente ici à une grosse arnaque bénéficie d'un raz-de-marée public et critique en sa faveur, ce qui n'augure hélas rien de bon pour les blockbusters à venir...

007 SPECTRE

UN FILM DE SAM MENDES
Avec : Mark Wahlberg, Taylor Kitsch, Emile Hirsch...
Durée : 2h02
Nationalité : Américaine

DÉCEPTIONS 2015

1 – 007 SPECTRE de Sam Mendes

Après le carton intergalactique de SKYFALL il eut été étonnant de voir Sam Mendes refuser de remettre le couvert, d'autant qu'à la fin de l'épisode le plus (censément) mélancolique de la saga il semblait que les bases d'un retour historique de l'agent secret le plus cool du monde étaient ENFIN posées. Revoilà donc le cinéaste britannique aux manettes, et cette fois on a envie d'y croire, si si, finis les reboots qui n'en finissent plus de ré-orienter la franchise, finis les atermoiements sur l'enfance du pauvre petit orphelin, on va enfin voir ce qu'on va voir et retrouver, maintenant que son passif est réglé, le James Bond qu'on connaît et qu'on aime. Alors oui, mais en fait non.
Pendant le premier acte toutefois on se surprend à rêver. Déjà, soyons franc, la séquence d'intro est mortelle : plan-séquence introductif bien classe, entrée en scène de Bond itou (costard de folie et attitude qui va avec), des figurants par milliers, du spectacle, ça pète. On espère alors que, contrairement à ce qu'il a fait sur SKYFALL, Mendes n'aura pas grillé ses cartouches dès le début en balançant tranquillou sa meilleure scène d'action d'entrée de jeu (eh ben si en fait). S'en suit une première bobine convaincante, en gros jusqu'à la fameuse réunion de SPECTRE et son boss en contre-jour, très bien vue et qui dégage un atmosphère vraiment inquiétante : normal, on parle quand même de l'organisation avec un grand O, celle qui se cache derrière TOUS les bad guys que Bond (période Craig) a affronté.

Et puis arrive Léa Seydoux.
Et à partir de là, ça part en sucette.

Déjà un indice aurait dû nous mettre la puce à l'oreille : 2h30 pour un Bond, est-ce bien raisonnable ? Et surtout : pourquoi ? Ben pour faire la synthèse de tous les Bond depuis CASINO ROYALE pardi ! Autrement dit, Mendes s'est dès le départ imposé un cahier des charges bien trop ambitieux : il s'agit, entre les scènes d'action obligatoires (il y en a, et elles sont très correctes malgré l'absence de vrai climax) de lier 4 films entre eux, d'abord par un méchant unique (qui ne sera malheureusement crédible que le temps d'une scène), ensuite en tissant une trame qui rende cohérente l'évolution du héros depuis le film de Campbell en 2006. Sauf que c'était mission impossible, la faute au manque de point de vue tranché sur 007 depuis trois films.
CASINO ROYALE avait posé les bases : Bond y était un jeune chien fou récemment doté du permis de tuer, pas encore au point, qui commettait des erreurs (mais s'en sortait déjà avec classe), et dont le manque d'attaches affectives pouvait s'expliquer par un trauma initial (la tragédie Vesper). Quoi qu'on pense de QUANTUM OF SOLACE, celui-ci avait au moins le mérite de reprendre l'agent là où on l'avait laissé : le coeur brisé mais déterminé à se venger des responsables et qui avait hâte d'en découdre. Arrive alors le fameux SKYFALL. On nous explique alors que Bond est déjà trop vieux pour ces conneries (really ?), qu'il a mal à l'épaule et qu'il noie son chagrin dans la Heineken. OK. Le voilà qui balade son regard de chien battu sur fond de passé douloureux, qui pleure sa maman, tout ça. Soit. Et pis à la fin, ben en fait non, il pète la forme et est de retour avec son équipe historique : M, Q, Moneypenny, et c'est parti mon kiki. Comment faire la synthèse de tout ça ? L'équipe de scénariste a trouvé la solution : le saupoudrage. Une poignée de coolitude, une pincée de spleen avec un trauma d'enfance complètement inutile et hors sujet, un zest du souvenir de Vesper avec cette romance qui ne tient jamais la route (les clins d'oeil sont là : le tête à tête dans le train, le choix de vie, sauf que l'écriture du personnage de Seydoux est tellement à la rue qu'on y croit pas une seconde)... Et évidemment tout ça ne prend pas, la faute à une écriture qui globalement se prend les pieds dans le tapis à vouloir en raconter trop, et trop mal, à l'image des références aux personnages des films précédents qui parsèment le film mais souvent de manière totalement incongrue.
On se retrouve donc face à un objet bâtard, qui lance des pistes avec le plus grand sérieux (la puissance tentaculaire de SPECTRE et le mystère qui entoure son boss) et les conclut de manière ridicule (comment le mec le plus secret et le plus puissant du monde peut-il élaborer des pièges aussi pourris ?), qui nous offre des séquences d'action sympas mais les dilue dans un trop-plein de blablas à côté de la plaque et qui, globalement, ne parvient jamais à trouver le juste milieu entre la solennité d'un SKYFALL et le fun assumé d'un véritable actioner.
Au final on sauvera la formidable intro, une poignée de plans superbement éclairés (comme pour SKYFALL, donc), la classe de Monica Bellucci qui n'apparaît hélas que trop brièvement, une scène de fight dans un train bien shootée et brutale, mais aussi et surtout Daniel Craig, droit dans ses bottes, classe, en forme, qui lui ne semble jamais baisser les bras mais au contraire y croit jusqu'au bout.

 

C'est tout de même peu sur 2h30...