Stéphane Convert
Assistant de rédaction

JURASSIC WORLD

UN FILM DE COLIN TREVORROW
Avec : Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Nick Robinson...
Durée : 2h05
Nationalité : Américaine

DÉCEPTIONS 2015

3 – JURASSIC WORLD de Colin Trevorrow

Voici l’archétype du blockbuster 2015 : un pur produit, déclinaison d’une marque à succès carburant à la nostalgie et mis en image par un fan (à l’image d’un autre franchise ressucitée cette année, donc). On ne reviendrai pas sur la dimension "meta" du film (qui fonctionne, comme le parc, sur la logique du "toujours plus" pour conquérir un public blasé) que tout le monde, ou presque, a soulignée.
Pas beaucoup de surprises dans ce JW, donc : plus de dinos, plus d'action, plus de blé (les SFX sont irréprochables), plus de fan-service (certains plans de l'original, tel ce zoom arrière sur la main qui dépoussière un os, sont reproduits tels quels)... Le film de Colin Trevorrow - nouveau venu dans la liste des réals inexpérimentés à qui les gros studios aiment confier de grosses franchises depuis quelques années - mise comme prévu à fond sur les acquis de la franchise.
Et à l'écran ça fonctionne pas trop mal : techniquement c'est très propre, pour son premier block Trevorrow s'en sort bien (même s'il cède à cette mode à la con du zoom qui sert à rien - sans en abuser, heureusement), y a même quelques gags qui fonctionnent grâce à Pratt et faut dire aussi que le superbe score de Giacchino (pléonasme, depuis le temps qu'on dit que c'est le digne successeur de Williams) aide beaucoup.
Mais alors qu'est-ce que c'est con… A ce niveau-là difficile de lister la liste des idées stupides du script vu que le métrage est un festival ininterrompu de facepalms. Contentons-nous d'évoquer l'idée de base qui suppose qu'un parc, basé sur un concept qui a fait des dizaines de morts il y a quelques années, cartonne auprès du grand public (amnésie collective ?), que du coup comme c'est pas encore assez dangereux on crée du dino mutant (parce que le T-Rex ça bouffe pas assez les gens), que l'on se demande comment le truc a pu tenir si longtemps avec une équipe de bras cassés pareils à la sécurité (cf le commando qui va à la chasse au dino géant avec des tasers) et on a une pensée émue pour l'exécutif alcoolique qui a eu l'idée du dressage de raptors (enfin dressage c'est pas le terme exact, ici on parle d'un véritable "rapport de confiance" comme l'homme en bâtit régulièrement avec les crocodiles par exemple c’est bien connu). Ah oui pis Bryce Dallas Howard ne quitte pas ses talons hauts du film, même quand elle fait la course avec un T-Rex (forcément).

Un spectacle crétin mais rigolo, de quoi passer deux heures sans s'emmerder certes, mais quand on pense au triomphe au box-office du truc en comparaison des tueries qui se sont plantées la même année y a de quoi se la prendre et se la mordre.

UN FILM DE ELI ROTH
Avec : Keanu Reeves, Lorenza Izzo, Ana de Armas...
Durée : 1h40
Nationalité : Américaine, Chilienne

KNOCK KNOCK

DÉCEPTIONS 2015

4 – KNOCK KNOCK de Eli Roth

Les fans du réals, les vrais, ceux qui voient en HOSTEL 2 un authentique chef d’oeuvre (si si, puisqu’on vous le dit) attendaient de pied ferme le retour de Roth aux manettes, d’autant plus que son film de cannibales féroce s’était perdu dans les limbes de la distribution. C’est donc la bave aux lèvres qu’ils se sont rués en salle (bon, OK, on était cinq) pour découvrir ce qui s’annonçait comme un sympathique thriller avec en tête d’affiche notre ami Sad Keanu et deux sympathiques donzelles très court vêtues.

Las, KNOCK KNOCK ne dépasse jamais le stade de la blague de sale gosse, malgré son entrée en matière plutôt bien vue (le quadra qui essaie d'avoir l'air cool devant les jeunes bombasses), et ses tigresses déchaînées (comme les Gremlins, ne leur donnez pas à bouffer… après minuit). Passée la première demi-heure les péripéties sont hélas convenue, la violence reste désespérément soft et l’on attend, en vain, que quelque chose finisse par nous surprendre. Reste une conclusion rigolote et joliment contemporaine.

 

Heureusement les viandards ont entre-temps pu se rabattre sur GREEN INFERNO, beaucoup moins sage et bien crado comme il faut.

IT FOLLOWS

UN FILM DAVID ROBERT MITCHELL
Avec : Maika Monroe, Keir Gilchrist, Daniel Zovatto...
Durée : 1h40
Nationalité : Américaine

DÉCEPTIONS 2015

5 – IT FOLLOWS de David Robert Mitchell

C'est l'histoire d'une fille qui n'a qu'un seul follower mais alors qu'est-ce qu'il est lourd.
Voilà donc le fameux nouveau film le plus terrifiant depuis le dernier, réalisé par un jeune plein d'avenir et qui paraît-il rend hommage à Carpenter et tout ça.
Alors honnêtement c'est pas si mauvais, OK le concept est bon à la base (même s’il n'est pas entièrement nouveau en soi, le principe de la menace lente mais inéluctable qui avance vers toi c'est un peu celui du zombie), ça évite les faux jumpscares tout pourris, les ados dépeints semblent authentiques, c'est très joliment cadré/photographié, la zic 80's est pas mal.
Par contre c'est beaucoup moins puissant niveau réal que ce que certains ont pu écrire ici et là, la faute à des tics qui reviennent régulièrement (travellings très lents et mouvements de caméra circulaires qui se répètent inutilement et cassent l'effet recherché). Certes c’est plutôt cohérent avec le propos et on sent que le gars a réfléchi à la meilleure manière de raconter son histoire ; mais en ne variant pas ses effets il rend hélas son dispositif trop voyant, d'où le terme péjoratif de "arty" qui finit par venir à l’esprit. Après d'un point de vue purement pragmatique le style ultra-posé de la mise en scène a également le mérite de rallonger un peu artificiellement un film qui, pour ce qu'il a à raconter, aurait pu durer moins longtemps.

Au final ce IT FOLLOWS n’est pas détestable en soi, loin de là, mais incarne malgré lui l’archétype du film surfant sur la hype et qui semblera bien surestimé d’ici quelques années.