Vincent N.Van
Rédacteur en chef / Web designer

STAR

WARS

UN FILM DE J.J ABRAMS
Avec : Daisy Ridley, John Boyega, Harrison Ford...
Durée : 2h16
Nationalité : Américaine

LE RÉVEIL DE LA FORCE

DÉCEPTIONS 2015

1 - Star Wars Le réveil de la force de J.J Abrams (sans spoilers)

Si, du côté des déceptions, il y a bien un film qui peut prétendre tenir la première place de ce top, c'est bien malheureusement Star Wars.

Pourtant, tout semblait être réuni pour que cette suite directe, au-delà de toute considération, nous fasse simplement passer en cette fin d'année un ultime et dernier bon moment de cinéma.

Durant les trente premières minutes, la magie Star Wars opère. Séquence après séquence, on se dit qu'effectivement, il y a qu'une telle saga pour réussir à nous procurer cet émerveillement unique. Malheureusement, et ce dès les premières révélations de l'intrigue dévoilées, on prend littéralement peur. Mais vraiment. Et plus les minutes défilent, plus on continue à se dire qu'il y a là un véritable problème qui ne fait que grossir encore et encore jusqu'à ce que l'on se retrouve limite embarrassé, c'est dire !

Le problème n'est pas tant que J.J Abrams nous resserve sur un plateau des éléments directement tirés du passé de la saga, jouant par là à fond la carte de la nostalgie. D'ailleurs, des œuvres inspirées directement d'autres (que ce soit par le biais de la réalisation ou du scénario), tout sauf originales, il y en a un sacré paquet. Et pourtant, lorsque celles-ci sont maîtrisées de bout en bout, principalement grâce à une bonne histoire, cela ne les empêche jamais d'exister et de réussir à trouver leur place.

Non, la raison est toute simple. Le problème vient de la façon dont Abrams construit et met en place ses histoires notamment depuis qu'il est passé du petit au grand écran. Car, la « touche Abrams » (si certains la cherchent encore), c'est de toujours inscrire sa narration dans un perpétuel mouvement. Dans Mission Impossible 3, il a cette idée judicieuse de transformer Tom Cruise en une sorte de particule hyperactive et constamment en surrégime dès que celle-ci finissait par rentrer en contact, au sens littéral, avec les éléments qui viennent composer son intrigue. À l'arrivée, cette première tentative d'Abrams sur grand écran est l'occasion pour lui de tester cette formule induisant un rythme effréné, l’intérêt final pour le spectateur étant de voir comment et quand ce flux constant va finir par prendre fin. Dans Star Trek, c'est avec la ligne du temps qu'Abrams décide de jouer. Quoi de mieux comme « matière » pour articuler une fois de plus sa narration autour du mouvement ? Toute la séquence de l'embarquement en urgence de Kirk sur l'Enterprise jusqu'à son débarquement sur le foret des Romuliens est un modèle dans le genre. Elle est d'ailleurs, à l'image près, similaire à la séquence du Vatican de Mission Impossible 3 où la splendide composition de Michael Giacchino finissait d'orchestrer un ballet de mouvements mémorables.

Et si cette formule marchait si bien avec Mission Impossible et Star Trek, c'est tout simplement parce que leur base était soit complètement nouvelle, soit relancée pour repartir de zéro, et Abrams de pouvoir modeler sa narration en mouvement autour de celle-ci, sans connaître de véritable accroc. Le problème avec ce Réveil de la Force, c'est que sa base fait directement suite aux événements de l'épisode VI et que la formule d'Abrams ne peut venir s'appliquer ici de manière naturelle. Du coup, technique à part (puisque globalement sur ce point-là il n’y a rien à redire) c'est la narration qui en prend un sacré coup. Certaines révélations de poids (qui ne sont pourtant pas de mauvaises idées), finissent par être jetés au visage du spectateur « comme ça », sans que celles-ci ne puissent avoir un minimum de temps pour être correctement amorcés et à l'arrivée, c'est bien l'émotion qui en pâti. L'un des rares moments où la fameuse formule d'Abrams fonctionne dans Star Wars reste celui où il réintroduit le Faucon Millénium (séquence très similaire aux autres citées plus haut sur Mission Impossible et Star Trek), tout comme ces toutes dernières minutes vraiment très belles où deux regards se croisent à la fin du film, baignant dans ce fameux flux (ici mis en scène via un long traveling circulaire) avant que le générique de fin n'apparaisse pour le couper. Mais hélas, on ne cesse de se dire qu'il est trop tard, que le mal est déjà fait et que ce mouvement auquel a voulu nous convier Abrams n'a cette fois-ci pas su nous emporter.

Enfin, tout n'est pas à jeter dans Le Réveil de la Force car on sent (malgré les défauts) la sincérité qui émane de l'entreprise. Alors c'est peut-être fait de manière maladroite, ou peut-être que J.J Abrams aurait été un choix plus judicieux pour le troisième volet de cette nouvelle trilogie...
 

Quoi qu'il en soit, c'est assurément LA déception de l'année 2015 !

AMERICAN SNIPER

UN FILM DE CLINT EASTWOOD
Avec : Bradley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimes...
Durée : 2h12
Nationalité : Américaine

DÉCEPTIONS 2015

2 - American Sniper de Clint Eastwood

En 2014 Peter Berg était venu rendre hommage à un corps d'armée spécifique en s'emparant d'une histoire vraie. Le réalisateur du controversé Le Royaume mettait en scène la dégradation du corps et ses limites physique à travers le quotidien de soldats américains sur le terrain et offrait, au passage avec Du Sang et des Larmes, l'un des plus grands spectacles réalistes et viscéraux de l'année. En 2015, c'est au tour du grand Clint Eastwood de s'emparer d'un fait de guerre encore tout chaud. Mais contrairement au film de Berg ou à ceux de ses confrères et consoeurs Scott/Bigelow, ce qui handicape grandement American Sniper c'est d'abord sa construction narrative lassante. En effet là où ce besoin qu'a le personnage de Chris Kyle de retourner encore et toujours au front aurait dû faire naître chez le spectateur un sentiment de malaise (ou un sentiment tout court d'ailleurs), ce va-et-vient géographique constant devient au contraire très vite pénible et redondant. Ensuite (et c'est plus dommageable) vient cette absence totale de corps voir de substance, car American Sniper ne nous dévoile pas grand-chose et n'est qu'une magnifique coquille vide (techniquement impeccable et servi par une excellente prestation de la part des acteurs). À l'arrivée, c'est bien la passivité à laquelle le spectateur se retrouve confronté qui en résulte, et si encore American Sniper pouvait se rattraper sur ses quelques séquences d'actions... Mais ça n'est même pas le cas !

Moins habité, moins personnel pour finir par être complètement dénué d'âme, on sent la dernière œuvre d'Eastwood tiraillée de toute part (les enjeux autour de la famille Kyle étaient sans doute trop lourds à traiter). Et si certains aiment mettre en avant toute l’ambiguïté qui émane du film (qui est réellement Chris Kyle en fin de compte ?), d'autre se demandent encore sérieusement ce que le réalisateur de Gran Torino a bien voulu raconter pendant plus de 2h tant l'absence de point de vue sur un tel sujet se révèle être particulièrement dommageable.

 

Alors on peut trouver le point de vue de Berg "bas du front" sur Du sang et des Larmes (mythe du combattant, avec ses idéaux, ses valeurs...), on peut trouver celui de Ridley Scott consternant sur La Chute du faucon noir...Mais ce qui est sûr c'est qu'au moins, eux, ils en avaient un.

 JUPITER

 ASCENDING

UN FILM DE LANA & ANDY WACHOWSKY
Avec : Channing Tatum, Mila Kunis, Sean Beean...
Durée : 2h07
Nationalité : Américaine

DÉCEPTIONS 2015

3 - Jupiter Ascending de Lana & Andy Wachowski

Pour votre serviteur, plus leurs films s'enchaînent plus il est difficile d'éprouver une véritable empathie pour les Wachowski. Le pire étant que Jupiter Ascending n'est même pas un objet filmique fascinant, tant ses défauts s'avèrent non pas forcément nombreux mais, disons, plutôt majeurs (on ne prendra pas le temps ici de les énumérer pour la énième fois). Alors si certaines têtes pensantes ont peur que les costards/cravates de l'industrie d'Hollywood ne viennent asphyxier les œuvres dites « originales » avec leurs suites, remakes et autres films de super héros, encore faudrait-il que les metteurs en scène « visionnaires » retrouvent leurs verves d'antan.

 

Même si comme toujours la sincérité et l'absence totale de cynisme des Wacho vis-à-vis de leurs œuvres et de la façon qu'ils ont de voir et de faire du cinéma transparaît toujours, hélas, trois fois hélas, l'excellente bande originale de Michael Giacchino mise à part, toutes ces belles paroles ne suffisent pas à sauver Jupiter Ascending ou à en faire une œuvre qui soit un minimum attachante.

UN FILM DE NEIL BLOMKAMP
Avec : Hugh Jackman, Sigourney Weaver, Sharlto Copley...
Durée : 2h
Nationalité : Américaine, Mexicaine

DÉCEPTIONS 2015

4 - Chappie de Neil Blomkamp

Deux ans après avoir déjà squatté le top déceptions de votre serviteur avec Elysium, voilà que (le pourtant talentueux) Neil Blomkamp récidive avec Chappie.
Une fois de plus, l'amour et le talent du réalisateur de District 9 pour créer un univers original ne sont pas à remettre en question mais, depuis Elysium, il était pourtant clair que le seul problème que pourrait rencontrer le cinéaste sur ses prochains films n'était autre que lui-même. Le pire étant que Blomkamp semble décider à prendre à bras le corps certaines thématiques ambitieuses afin de tenter de les traiter comme un grand. Sauf que le réalisateur sud-africain n'a absolument rien d'un grand conteur ni même d'un simple conteur tout court.
Alors, si certains reprochent à J.J Abrams ses nombreux deus ex machina dans Star Wars, c'est qu'ils n'ont peut-être pas encore vu ceux de Chappie. C'est bien simple, en terme de réactions illogiques de la part des personnages, de raccourcis monumentaux ou encore de situations complètement incohérentes, la dernière œuvre de Blomkamp se pose là. Quant aux membres du groupe Die Antwoord, ils finissent de faire de Chappie une œuvre (vraiment) peu supportable malgré ses nombreuses qualités techniques et artistiques.

 

À croire que Neil Blomkamp aime vraiment s'auto-fucker.